A B C D E F G H I L M N O P Q R S T U V

Adultère


Mon beauf – Renaud (extrait) – Album Le retour de Gérard Lambert (1981)


A chaque fois qu’y culbute une collègue de bureau
Ou qu’y va s’faire une pute ce ringard ce blaireau
Y dit qu’c’est pas tromper que c’est juste pour l’hygiène
Mais que si ça femme l’imitait il l’assom’rait à coups de beignes
Le jour où les cons s’ront cuisiniers
C’est lui qui préparera les sauces

Mon beauf

Allocations familiales

[…] Et ça m’énervait d’attendre un autre bébé, je me demandais quelle genre de cloche ça allait encore être, et de quelle manière il allait s’y prendre celui-là pour m’emmerder, sans parler des couches qui étaient courues d’avance, car avec tout le progrès on n’est pas encore arrivé à faire des enfants qui ne chient pas.

Les vieux allaient être contents. Quand on est sept autant être huit, carrément. Ils allaient pouvoir continuer les traites de la voiture. Ils n’auraient pour rien au monde voulu la lâcher, d’autant que les Mauvin venaient de s’en payer une plus neuve, et en plus ils avaient un mixeur et un tapis en poil animal.

« Et mon frigidaire, il est là ! » proclamait Paulette en se tapant sur le ventre à la coopé devant les autres bonnes femmes.

Nous pour le frigo il nous faudrait au moins des triplés d’un coup. La mère jeta à sa rivale, qui avait cinq semaines d’avance sur elle, un regard mauvais.

« Et j’irai jusqu’à la machine à laver !

Nous la machine à laver on l’a déjà, se revancha la mère. Depuis longtemps. Je trouve que c’est la première chose dans une maison. Pour le linge, précisa-t-elle

Moi mon mari il ne supporte que la qualité dit Paulette, invaincue. On préfère ne pas se presser, mais avoir du bon. »

Elle faisait allusion à notre sacrée vieille machine, toujours déréglée, et qui a une fois pissé dans son plafond.

Lâchement, ma mère se retourna contre le destin.

« Moi si mon avant-dernier était pas mort à la naissance, et si j’avais pas eu cette fausse couche au départ qui m’a laissée des mois patraque et d’ailleurs je m’en suis jamais vraiment relevée, on aurait tout aujourd’hui, et peut-être même on aurait eu le Prix.

Ben moi j’en ai eu trois de morts-nés ! dit Paulette. Et vous voyez, je suis encore là ! Et je peux encore servir », dit-elle avec son grand rire sain.

Une jeune mère de seulement trois enfants, qui n’attendait son quatrième que pour le printemps, regardait ses aînées avec admiration, en rêvant d’entrer dans la carrière.

« Vous en faites pas, madame Bon, lui dit l’épicier, ça vient petit à petit, sans qu’on s’en aperçoive. »

Il entra une autre enceinte qui se mit aussitôt au diapason. Je me reculai dans les cageots. Y avait plus où se mettre dans la boutique, en ce moment le matin à la coopé c’était un vrai concours de ballons, cette Cité c’est pas de l’habitat c’est de l’élevage. Et sensibles avec ça, fallait pas les effleurer, avec leur précieux fardeau, elles auraient écrasé tout le monde, et surtout que moi à ce moment-là je leur arrivais à l’estomac, je voyais plus que ça dans le paysage et je risquais à tout moment d’être aplatie entre deux cloques.

Paulette fraya un passage à la sienne parmi les autres, et sortit pleine de dignité le ventre en avant avec son frigidaire dedans, et derrière la machine à laver qui trépignait en attendant d’être fécondée.

Elle eut un garçon. Elle ne faisait que des garçons, et elle en était fière. Elle fournirait au moins un peloton d’exécution à la patrie pour son compte ; il est vrai que la patrie l’avait payé d’avance, elle y avait droit. J’espérais qu’il y aurait une guerre en temps voulu pour utiliser tout ce matériel, qui autrement ne servait pas à grand-chose, car ils étaient tous cons comme des balais. Je pensais au jour où on dirait à tous les fils Mauvin En avant ! et pan, les voilà tous couchés sur le champ de bataille, et au-dessus on met une croix : ici tombèrent Mauvin Télé, Mauvin Bagnole. Mauvin Frigidaire, Mauvin Mixeur, Mauvin Machine à laver, Mauvin Tapis, Mauvin Cocotte Minute, et avec la pension qu’ils pourraient encore se payer un aspirateur et un caveau de famille.» Les femmes sont constamment identifiées aux appareils ménagers dont elles vont « accoucher » : chaque nouveau bébé apporte un appareil de plus, un lit de plus. « Et mon frigidaire, il est là ! » proclamait Paulette en se tapant sur le ventre à la coopé devant les autres bonnes femmes.


Christiane Rochefort, Les petits-enfants

du siècle (1961), Le Livre de Poche

Altermondialisme

G8 Tryo Album Grain de sable

[Refrain]


J’ai j’ai j’ai j’ai huit lascards qui m’soulent, huit lascards qui m’soulent
J’ai j’ai j’ai j’ai envie d’me sevrer, ouais
J’ai j’ai j’ai j’ai huit lascards qui m’soulent, huit lascards qui m’soulent
J’ai j’ai j’ai j’ai envie d’en parler.

J’ai ouï dire

Que notre avenir,

C’est des Berlusconi,

Des Bush, des Jiang Zemin,

Des Mac Do, des industries.
Des dollars, des euros,

Des actions qu’on investit,

Des politicos pourris qui pensent

Au nom du profit.

J’ai ouï dire

Que notre présent

C’est notre avenir

Si c’est ça nos gouvernements

Alors y’a plein de choses à dire

Ils sont dans la cour des Grands

Qui va bientôt rétrécir

Parce que devant y’a des gens

Qui veulent vivre et sourire

[Refrain]

J’ai, j’ai, j’ai pas peur pour mon gosse

J’irai à leurs sommets

Montrer le peuple et sa force

Attac est un essai qui fait peur

A vos négoces

Et qui pourrait bien

Ruiner vos espoirs et vos forces


J’ai, j’ai pas peur pour mon gosse

J’suis pas l’seul à en avoir fait

Au travers d’un monde féroce
Y’a pas d’ambiguïté

Maintenant qu’il est né

Ch’peux pas l’laisser

Évoluer dans un tel merdier.

J’ai j’ai une mauvaise nouvelle

C’est vous qui avez le nez dans vos poubelles.

Et même si à Gênes

Vous matraquez les rebelles

A notre envie de lutter

Il pousse des ailes


J’ai, j’ai une mauvaise nouvelle

Votre boursicotage tient avec des ficelles

Et quand ça va casser
On va être là pour regarder

Votre gueule s’écraser

D’un trait sur le pavé

J’ai une bonne nouvelle

On va boycotter en force

Et faire des étincelles.
Belle est l’amitié

Oh oui qu’elle est belle

Belles sont les idées

Oh oui qu’elles sont belles.

[Refrain]

Altermondialisme


Chanson G8 de Tryo – Album Grain de sable


[Refrain]

J’ai j’ai j’ai j’ai huit lascards qui m’soulent, huit lascards qui m’soulent
J’ai j’ai j’ai j’ai envie d’me sevrer, ouais
J’ai j’ai j’ai j’ai huit lascards qui m’soulent, huit lascards qui m’soulent
J’ai j’ai j’ai j’ai envie d’en parler.



J’ai ouï dire

Que notre avenir,

C’est des Berlusconi,

Des Bush, des Jiang Zemin,

Des Mac Do, des industries.
Des dollars, des euros,

Des actions qu’on investit,

Des politicos pourris qui pensent

Au nom du profit.



J’ai ouï dire

Que notre présent

C’est notre avenir

Si c’est ça nos gouvernements

Alors y’a plein de choses à dire

Ils sont dans la cour des Grands

Qui va bientôt rétrécir

Parce que devant y’a des gens

Qui veulent vivre et sourire



[Refrain]



J’ai, j’ai, j’ai pas peur pour mon gosse

J’irai à leurs sommets

Montrer le peuple et sa force

Attac est un essai qui fait peur

A vos négoces

Et qui pourrait bien

Ruiner vos espoirs et vos forces


J’ai, j’ai pas peur pour mon gosse

J’suis pas l’seul à en avoir fait

Au travers d’un monde féroce
Y’a pas d’ambiguïté

Maintenant qu’il est né

Ch’peux pas l’laisser

Évoluer dans un tel merdier.



J’ai j’ai une mauvaise nouvelle

C’est vous qui avez le nez dans vos poubelles.

Et même si à Gênes

Vous matraquez les rebelles

A notre envie de lutter

Il pousse des ailes


J’ai, j’ai une mauvaise nouvelle

Votre boursicotage tient avec des ficelles

Et quand ça va casser
On va être là pour regarder

Votre gueule s’écraser

D’un trait sur le pavé



J’ai une bonne nouvelle

On va boycotter en force

Et faire des étincelles.
Belle est l’amitié

Oh oui qu’elle est belle

Belles sont les idées

Oh oui qu’elles sont belles.


[Refrain]

Anarchisme

Où c’est que j’ai mis mon flingue Renaud Séchan, Album Marche à l’ombre (1980)

J’ veux qu’ mes chansons soient des caresses,
Ou bien des poings dans la gueule.
A qui qui qu’ ce soit que je m’agresse,
J’ veux vous remuer dans vos fauteuils.
Alors écoutez moi un peu,
Les pousse-mégots et les nez-d’bœufs,
Les ringards, les folkeux, les journaleux.
D’puis qu’y’ a mon nom dans vos journaux,
qu’on voit ma tronche à la télé,
Où j’ vends ma soupe empoisonnée,
Vous m’avez un peu trop gonflé.
J’ suis pas chanteur pour mes copains,
Et j’ peux être teigneux comme un chien.
J’ déclare pas, avec Aragon,
Qu’ le poète a toujours raison.
La femme est l’avenir des cons,
Et l’homme n’est l’avenir de rien.

Moi, mon av’nir est sur le zinc
D’un bistrot des plus cradingues,
Mais bordel, où c’est qu’ j’ai mis mon flingue ?

J’ vais pas m’ laisser emboucaner
Par les fachos, pas les gauchos,
tous ces pauvre mecs endoctrinés
Qui foutent ma révolte au tombeau.
Tous ceux qui m’ traitent de démago
Dans leurs torchons j’lirais jamais :
” Renaud, c’est mort, il est récupéré ” ;
Tous ces p’tits bourgeois incurables
Qui parlent pas, qu’écrivent pas, qui bavent,
qui vivront vieux leur vie d’ minables,
Ont tous dans la bouche un cadavre.
T’ façon, j’ chante pas pour ces blaireaux,
Et j’ai pas dit mon dernier mot.
C’est sûr’ment pas un disque d’or,
Ou un Olympia pour moi tout seul,
Qui me feront virer de bord,
Qui me feront fermer ma gueule.

Tant qu’y’ aura d’la haine dans mes s’ringues,
Je ne chant’rai que pour les dingues,
Mais bordel ! Où c’est qu’ j’ai mis mon flingue ?

Y a pas qu’ les mômes, dans la rue,
Qui m’ collent au cul pour une photo,
Y a même des flics qui me saluent,
Qui veulent que j’ signe dans leurs calots.
Moi j’ crache dedans, et j’ cris bien haut
Qu’ le bleu marine me fait gerber,
Qu’ j’aime pas l’ travail, la justice et l’armée.
C’est pas demain qu’on m’ verra marcher
avec les connards qui vont aux urnes,
Choisir celui qui les f’ra crever.
Moi, ces jours là, j’ reste dans ma turne.
Rien à foutre de la lutte de crasses,
Tous les systèmes sont dégueulasses !
J’ peux pas encaisser les drapeaux,
quoi que le noir soit le plus beau.
La Marseillaise, même en reggae,
Ça m’a toujours fait dégueuler.
Les marches militaires, ça m’ déglingue
Et votr’ République, moi j’ la tringle,
Mais bordel ! Où c’est qu’ j’ai mis mon flingue ?

D’puis qu’on m’a tiré mon canif,
Un soir au métro Saint Michel,
J’ fous plus les pieds dans une manif
Sans un nunchaku, un cocktail
A Longwy comme à Saint-Lazare,
Plus de slogans face aux flicards,
Mais des fusils, des pavés, des grenades !
Gueuler contre la répression
En défilant ” Bastille-Nation ”
Quand mes frangins crèvent en prison
Ça donne une bonne conscience aux cons,
Aux nez-d’bœufs et aux pousse-mégots
Qui foutent ma révolte au tombeau.

Si un jour j’ me r’trouve la gueule par terre,
Sûr qu’ ça s’ra d’ la faute à Baader.
Si j’ crève le nez dans le ruisseau,
Sûr qu’ ça s’ra d’ la faute à Bonnot.

Pour l’instant, ma gueule est sur le zinc
D’un bistrot des plus cradingues,
MAIS FAITES GAFFE !
J’AI MIS LA MAIN SUR MON FLINGUE !!!


Société Tu M’auras Pas – Renaud Album : Amoureux de Paname (1975)

Y’a eu Antoine avant moi,
Y’a eu Dylan avant lui,
Après moi qui viendra ?
Après moi c’est pas fini.
On les a récupérés.
Oui mais moi on m’aura pas,
Je tirerai le premier,
Et j’viserai au bon endroit.

J’ai chanté 10 fois, 100 fois,
J’ai hurlé pendant des mois,
J’ai crié sur tous les toits,
Ce que je pensais de toi,
Société, société,
Tu m’auras pas.

J’ai marché sur bien des routes,
J’ai connu bien des pat’lins,
Partout on vit dans le doute,
Partout on attend la fin.
J’ai vu occuper ma ville
Par des cons en uniformes
Qu’étaient pas vraiment virils,
Mais qui s’prenaient pour des hommes.

J’ai chanté 10 fois, 100 fois,
J’ai hurlé pendant des mois,
J’ai crié sur tous les toits,
Ce que je pensais de toi,
Société, société,
Tu m’auras pas.

J’ai vu pousser des barricades,
J’ai vu pleurer mes copains,
J’ai entendu les grenades
Tonner au petit matin.
J’ai vu ce que tu faisais
Du peuple qui vit pour toi,
J’ai connu l’absurdité
De ta morale et de tes lois.

J’ai chanté 10 fois, 100 fois,
J’ai hurlé pendant des mois,
J’ai crié sur tous les toits,
Ce que je pensais de toi,
Société, société,
Tu m’auras pas.

Demain, prends garde à ta peau,
À ton fric, à ton boulot,
Car la vérité vaincra,
La Commune refleurira.
Mais en attendant, je chante,
Et je te crache à la gueule
Cette petite chanson méchante
Que t’écoutes dans ton fauteuil.

J’ai chanté 10 fois, 100 fois,
J’ai hurlé pendant des mois,
J’ai crié sur tous les toits,
Ce que je pensais de toi,
Société, société,
Tu m’auras pas.

Anomie (au sens de Durkheim)

Je vivais sans règle. L’emploi du temps était pour tous, à l’Amirauté, sans monotonie ; au milieu de cette activité ralentie et très ambiguë, soumise aux hasards du temps et aux caprices de la mer, il portait la marque d’une variété et d’une discontinuité presque paysannes, et j’échappais plus qu’aucun autre à ses exigences minimes. J’avais souffert, les premiers jours, d’une espèce d’étourdissement de liberté et de vide, je m’étais jeté d’abord avec fougue dans les exercices violents où se plaisaient mes camarades, et qui écourtaient pour nous ces heures accablantes de solitude ; nous pêchions au harpon les gros poissons qui se hasardent dans les lagunes, nous forcions un lièvre au galop de nos chevaux sur les espaces dénudés de la steppe.

Julien Gracq, Le rivage des Syrtes (1951),

José Corti éditeur, pp28-29

Anticolonialisme

 

Elle est belle la France Paroles : MAP (Ministère des Affaires Populaires)

Ce texte commencera par une petite mise en garde, aux donneurs de leçon, aux attitudes snobinardes. Ceux qui pensent que mon combat est dépassé, illégitime, abusif ou infondé. Ceux qui me taxeront de misérabiliste parano, ceux qui ne comprennent ni ma musique ni mes mots. Sachez que je n’excuse ni leur ignorance, ni l’histoire colonialiste de notre douce France.

Mon daron, mon daron m’a dit ici fiston t’es pas chez toi fais toi tout petit mon p’tit, en gros tais toi la France nous aime pas parce que nous sommes différents pas facile à comprendre, pas facile à comprendre pour un môme de 6 ans.

D’accepter de faire sa vie dans une soute à bagages parce que ses ancêtres en ont eu marre d’être des esclaves. Et comme personne n’a jugé bon de garder ça en mémoire alors j’ai pas vu mon grand père dans les livres d’histoire

J’ai pas vu en Indochine les viols et les pillages dans les DOM- TOM les massacres et l’esclavage. Évaporées les douleurs et les souffrances les tortures en Algérie tout le monde s’en balance

Les tirailleurs sénégalais tout le monde s’en balance et qui est-ce qui morfle ?

C’est leur descendance

J’accuse l’école de cultiver l’ignorance dans la censure

La haine dans la dissimulation de son passé de ses blessures

On m’a rabâché des trucs comme démocratie, liberté, égalité, fraternité et personne n’a été fichu de me dire qui j’étais de me dire ce que je foutais là tout frisé tout bronzé

De me dire pourquoi mon nom de famille était écorché, pourquoi certains enfants n’avaient pas le droit de me parler

Bienvenue au pays des droits de l’homme de l’exclusion, de l’exception culturelle, des discriminations,

Eh ouais, là où on entasse les Arabes et les Noirs comme de sales vulgaires souris de laboratoire

Au royaume de la manipulation et du silence ça parle de mixité, de mélanges d’échanges et de différences, de tolérance, de laïcité pour se donner bonne conscience

Alors que la haine raciale sévit dans la plus grande indifférence

Franchement tu veux savoir ce que j’en pense ?

Ben, comme on dit chez nous, elle est belle la France !

Elle est belle la France

Avec son cortège d’indécence,

Ses criminels de la petite enfance qui siègent dans les hautes instances,

Ses ministres en vacances quand suffoque la vieille France

Papy ne fait plus de la résistance

il meurt de chaleur en silence

Dans la plus grande indifférence

Celle de ses enfants

celle de son voisin d’en face

Elle regarde ses familles africaines entassées dans des cages à poules

ça prend le feu mais c’est pas grave:

“c’est qu’des noirs, ça roule”

Tout le monde s’en fout comme de l’an 40,

comme du scandale du sang contaminé ou celui de l’amiante

Et ces clochards qui refroidissent en hiver

Seul au passage reste que l’Abbé Pierre

Qui essaye de sauver les meubles entre nous,

Elle a pas fait long feu la France d’en bas

J’crois qu’on peut même dire qu’elle a mangé ses vers

Aux pauvres on ne tolère pas le moindre écart,

Tolérance zéro pour les ouvriers, les chômeurs et les smicards:

Ils s’en sont pris plein la gueule

Et faudrait qu’ils la ferment

Cette bande de feignants qui ne savent que se plaindre et faire grève

A côté de ça ces soi-disant serviteurs de l’État

Continuent a magouiller

Sur le dos du tiers-état

Fausses factures, emplois fictifs, détournement de fond :

Sans problèmes ils s’en mettent plein les fouilles

Et j’en place une pour mon idole

Notre ancien président de la République

Qui depuis dix ans devrait être en tôle

A cohabiter avec Mohamed et Belameur – et si vous ajoutez le bruit et l’odeur –

Elle est belle la France qui déploie une véritable armée pour capturer l’ennemi public José Bové

A côté de ça ces messieurs du CSA et de l’UMP

Finiront par s’en sortir blanchis et innocentés

Pas comme ce jardinier arabe répondant au nom singulier

D’Omar Raddad :

Analphabète, pauvre et musulman

Pas de chance :

Et ouais monsieur Raddad :

Elle est belle la France

Arbitraire du pouvoir politique

Le Loup et l’Agneau           Jean de La Fontaine

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
– Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Fables (1668, 1678, 1693)

Questions :

  1. Où peut-on voir dans la fable que l’Agneau admet implicitement l’autorité du Loup ?

  2. En quoi dans cette fable le plus fort a-t-il besoin de raisons (première ligne) ? C’est-à-dire ici, en quoi le Loup a-t-il besoin de justifier son acte par des paroles, alors que sa force et la solitude du lieu lui assurent impunité ?

  3. Quelles conséquences en tirez-vous quant aux ressources du pouvoir politique ? En quoi peut-on dire que la force est l’ultime recours du pouvoir ?


 

 

Début du film SWEENEY TODD de Tim Burton (2007) : enlèvement et condamnation du jeune barbier sans qu’il ait commis aucun délit. Dossier d’accusation monté de toutes pièces.

Argent

« Il n’y a que l’argent qui ne meurt pas, il part seulement en vacances. »

Francis PICABIA

Argent (absurdité de l’ – )

Acte II, Scène 3

Lelio débarque à Marseille avec Arlequin, «sauvage» américain dont il veut voir « la nature toute simple opposée aux lois, aux arts et aux sciences ». Arlequin est vite confronté en effet à des mœurs qui ne cessent de le surprendre. Il détrousse ainsi un marchand en ignorant qu’il convenait de le payer. Emmené par un archer, il est sauvé par Lelio, qui entreprend de lui expliquer les bons usages.

LELIO : Nous ne vivons point ici en commun, comme vous faites dans vos forêts; chacun y a son bien, et nous ne pouvons user que de ce qui nous appartient; c’est pour nous le conserver que les lois sont établies : elles punissent ceux qui prennent le bien d’autrui sans le payer, et c’est pour l’avoir fait que l’on voulait te pendre.

ARLEQUIN : Fort bien ! Mais que donne-t-on pour ce que l’on prend ?

LELIO : De l’argent.

ARLEQUIN : Qu’est-ce que cela, de l’argent ?

LELIO : En voilà.

ARLEQUIN : C’est là de l’argent ? Cela est drôle. (Il en porte à la dent.) Ah ! il est dur comme un diable.

LELIO : On ne le mange pas.

ARLEQUIN :  Qu’en fait-on donc ?

LELIO : On le donne pour des choses dont on a besoin et l’on pourrait presque l’appeler une caution, puisque avec cet argent on trouve partout tout ce qu’on veut. […]  Tu vois, par ce que je viens de dire, qu’on n’a rien pour rien, et que tout s’y acquiert par échange. Or, pour rendre cet échange plus facile, on a inventé l’argent, qui est une marchandise commune et universelle qui se change contre toutes choses, et avec laquelle on a tout ce que l’on veut.

ARLEQUIN : Quoi ! en donnant de ces breloques, on a tout ce dont on a besoin ?

LELIO : Sans doute.

ARLEQUIN : Cela me paraît ridicule, puisqu’on ne peut ni le boire, ni le manger.

LELIO : On ne le boit ni on ne le mange; mais on trouve, avec, de quoi boire et de quoi manger.

ARLEQUIN : Cela est drôle ! tes coutumes ne sont peut-être pas si mauvaises que je les ai crues. Il ne faut que de l’argent pour avoir toutes choses sans soins et sans peines.

LELIO : Oui, avec de l’argent, on ne manque de rien.

ARLEQUIN : Je trouve cela fort commode et bien inventé. Que ne me le disais-tu d’abord ? Je n’aurais pas risqué de me faire pendre. Apprends-moi donc vite où l’on donne de cet argent, afin que j’en fasse ma provision.

LELIO : On n’en donne point.

ARLEQUIN : Eh bien ! où faut-il donc que j‘aille en prendre ?

LELIO : On n’en prend point aussi.

ARLEQUIN : Apprends-moi donc à le faire.

LELIO : Encore moins; tu serais pendu si tu avais fait une seule de ces pièces.

ARLEQUIN : Eh ! comment diable en avoir donc ? On n’en donne point, on ne peut pas en prendre, il n’est pas permis d’en faire : je n’entends rien à ce galimatias !

LELIO : Je vais te l’expliquer. Il y a deux sortes de gens parmi nous, les riches et les pauvres. Les riches ont tout l’argent, et les pauvres n’en ont point.

ARLEQUIN : Fort bien.

LELIO : Ainsi, pour que les pauvres en puissent avoir, ils sont obligés de travailler pour les riches, qui leur donnent de cet argent à proportion du travail qu’ils font pour eux.

ARLEQUIN : Et que font les riches tandis que les pauvres travaillent pour eux ?

LELIO : Ils dorment, ils se promènent, et passent leur vie à se divertir et à faire bonne chère.

ARLEQUIN : Cela est bien commode pour les riches.

LELIO : Cette commodité que tu y trouves fait souvent tout leur malheur.

ARLEQUIN : Pourquoi ?

LELIO : Parce que les richesses ne font que multiplier les besoins des hommes. Les pauvres ne travaillent que pour avoir le nécessaire; mais les riches travaillent pour le superflu, qui n’a point de bornes chez eux, à cause de l’ambition, du luxe et de la vanité qui les dévorent; le travail et l’indigence naissent chez eux de leur propre opulence.

ARLEQUIN : Mais, si cela est ainsi, les riches sont plus pauvres que les pauvres mêmes, puisqu’ils manquent de plus de choses.

LELIO : Tu as raison.

ARLEQUIN : Écoute, veux-tu que je te dise ce que je pense des nations civilisées ?

LELIO : Oui, qu’en penses-tu ?

ARLEQUIN : Il faut que je dise la vérité, car je n’ai point d’argent à te donner pour caution de ma parole. Je pense que vous êtes des fous qui croyez être sages, des ignorants qui croyez être habiles, des pauvres qui croyez être riches, et des esclaves qui croyez être libres.

LELIO : Et pourquoi le penses-tu ?

ARLEQUIN : Parce que c’est la vérité. Vous êtes fous, car vous cherchez avec beaucoup de soins une infinité de choses inutiles; vous êtes pauvres, parce que vous bornez vos biens dans l’argent ou d’autres diableries, au lieu de jouir simplement de la nature comme nous, qui ne voulons rien avoir afin de jouir plus librement de tout; vous êtes esclaves de toutes vos possessions, que vous préférez à votre liberté et à vos frères, que vous feriez pendre s’ils vous avaient pris la plus petite partie de ce qui vous est inutile. Enfin vous êtes des ignorants, parce que vous faites consister votre sagesse à savoir les lois, tandis que vous ne connaissez pas la raison qui vous apprendrait à vous passer de lois comme nous.

Delisle de la Drevetière, L’Arlequin sauvage (1721)