A B C D E F G H I L M N O P Q R S T U V

Anarchisme

Où c’est que j’ai mis mon flingue Renaud Séchan, Album Marche à l’ombre (1980)

J’ veux qu’ mes chansons soient des caresses,
Ou bien des poings dans la gueule.
A qui qui qu’ ce soit que je m’agresse,
J’ veux vous remuer dans vos fauteuils.
Alors écoutez moi un peu,
Les pousse-mégots et les nez-d’bœufs,
Les ringards, les folkeux, les journaleux.
D’puis qu’y’ a mon nom dans vos journaux,
qu’on voit ma tronche à la télé,
Où j’ vends ma soupe empoisonnée,
Vous m’avez un peu trop gonflé.
J’ suis pas chanteur pour mes copains,
Et j’ peux être teigneux comme un chien.
J’ déclare pas, avec Aragon,
Qu’ le poète a toujours raison.
La femme est l’avenir des cons,
Et l’homme n’est l’avenir de rien.

Moi, mon av’nir est sur le zinc
D’un bistrot des plus cradingues,
Mais bordel, où c’est qu’ j’ai mis mon flingue ?

J’ vais pas m’ laisser emboucaner
Par les fachos, pas les gauchos,
tous ces pauvre mecs endoctrinés
Qui foutent ma révolte au tombeau.
Tous ceux qui m’ traitent de démago
Dans leurs torchons j’lirais jamais :
” Renaud, c’est mort, il est récupéré ” ;
Tous ces p’tits bourgeois incurables
Qui parlent pas, qu’écrivent pas, qui bavent,
qui vivront vieux leur vie d’ minables,
Ont tous dans la bouche un cadavre.
T’ façon, j’ chante pas pour ces blaireaux,
Et j’ai pas dit mon dernier mot.
C’est sûr’ment pas un disque d’or,
Ou un Olympia pour moi tout seul,
Qui me feront virer de bord,
Qui me feront fermer ma gueule.

Tant qu’y’ aura d’la haine dans mes s’ringues,
Je ne chant’rai que pour les dingues,
Mais bordel ! Où c’est qu’ j’ai mis mon flingue ?

Y a pas qu’ les mômes, dans la rue,
Qui m’ collent au cul pour une photo,
Y a même des flics qui me saluent,
Qui veulent que j’ signe dans leurs calots.
Moi j’ crache dedans, et j’ cris bien haut
Qu’ le bleu marine me fait gerber,
Qu’ j’aime pas l’ travail, la justice et l’armée.
C’est pas demain qu’on m’ verra marcher
avec les connards qui vont aux urnes,
Choisir celui qui les f’ra crever.
Moi, ces jours là, j’ reste dans ma turne.
Rien à foutre de la lutte de crasses,
Tous les systèmes sont dégueulasses !
J’ peux pas encaisser les drapeaux,
quoi que le noir soit le plus beau.
La Marseillaise, même en reggae,
Ça m’a toujours fait dégueuler.
Les marches militaires, ça m’ déglingue
Et votr’ République, moi j’ la tringle,
Mais bordel ! Où c’est qu’ j’ai mis mon flingue ?

D’puis qu’on m’a tiré mon canif,
Un soir au métro Saint Michel,
J’ fous plus les pieds dans une manif
Sans un nunchaku, un cocktail
A Longwy comme à Saint-Lazare,
Plus de slogans face aux flicards,
Mais des fusils, des pavés, des grenades !
Gueuler contre la répression
En défilant ” Bastille-Nation ”
Quand mes frangins crèvent en prison
Ça donne une bonne conscience aux cons,
Aux nez-d’bœufs et aux pousse-mégots
Qui foutent ma révolte au tombeau.

Si un jour j’ me r’trouve la gueule par terre,
Sûr qu’ ça s’ra d’ la faute à Baader.
Si j’ crève le nez dans le ruisseau,
Sûr qu’ ça s’ra d’ la faute à Bonnot.

Pour l’instant, ma gueule est sur le zinc
D’un bistrot des plus cradingues,
MAIS FAITES GAFFE !
J’AI MIS LA MAIN SUR MON FLINGUE !!!


Société Tu M’auras Pas – Renaud Album : Amoureux de Paname (1975)

Y’a eu Antoine avant moi,
Y’a eu Dylan avant lui,
Après moi qui viendra ?
Après moi c’est pas fini.
On les a récupérés.
Oui mais moi on m’aura pas,
Je tirerai le premier,
Et j’viserai au bon endroit.

J’ai chanté 10 fois, 100 fois,
J’ai hurlé pendant des mois,
J’ai crié sur tous les toits,
Ce que je pensais de toi,
Société, société,
Tu m’auras pas.

J’ai marché sur bien des routes,
J’ai connu bien des pat’lins,
Partout on vit dans le doute,
Partout on attend la fin.
J’ai vu occuper ma ville
Par des cons en uniformes
Qu’étaient pas vraiment virils,
Mais qui s’prenaient pour des hommes.

J’ai chanté 10 fois, 100 fois,
J’ai hurlé pendant des mois,
J’ai crié sur tous les toits,
Ce que je pensais de toi,
Société, société,
Tu m’auras pas.

J’ai vu pousser des barricades,
J’ai vu pleurer mes copains,
J’ai entendu les grenades
Tonner au petit matin.
J’ai vu ce que tu faisais
Du peuple qui vit pour toi,
J’ai connu l’absurdité
De ta morale et de tes lois.

J’ai chanté 10 fois, 100 fois,
J’ai hurlé pendant des mois,
J’ai crié sur tous les toits,
Ce que je pensais de toi,
Société, société,
Tu m’auras pas.

Demain, prends garde à ta peau,
À ton fric, à ton boulot,
Car la vérité vaincra,
La Commune refleurira.
Mais en attendant, je chante,
Et je te crache à la gueule
Cette petite chanson méchante
Que t’écoutes dans ton fauteuil.

J’ai chanté 10 fois, 100 fois,
J’ai hurlé pendant des mois,
J’ai crié sur tous les toits,
Ce que je pensais de toi,
Société, société,
Tu m’auras pas.

Anomie (au sens de Durkheim)

Je vivais sans règle. L’emploi du temps était pour tous, à l’Amirauté, sans monotonie ; au milieu de cette activité ralentie et très ambiguë, soumise aux hasards du temps et aux caprices de la mer, il portait la marque d’une variété et d’une discontinuité presque paysannes, et j’échappais plus qu’aucun autre à ses exigences minimes. J’avais souffert, les premiers jours, d’une espèce d’étourdissement de liberté et de vide, je m’étais jeté d’abord avec fougue dans les exercices violents où se plaisaient mes camarades, et qui écourtaient pour nous ces heures accablantes de solitude ; nous pêchions au harpon les gros poissons qui se hasardent dans les lagunes, nous forcions un lièvre au galop de nos chevaux sur les espaces dénudés de la steppe.

Julien Gracq, Le rivage des Syrtes (1951),

José Corti éditeur, pp28-29

Anticolonialisme

 

Elle est belle la France Paroles : MAP (Ministère des Affaires Populaires)

Ce texte commencera par une petite mise en garde, aux donneurs de leçon, aux attitudes snobinardes. Ceux qui pensent que mon combat est dépassé, illégitime, abusif ou infondé. Ceux qui me taxeront de misérabiliste parano, ceux qui ne comprennent ni ma musique ni mes mots. Sachez que je n’excuse ni leur ignorance, ni l’histoire colonialiste de notre douce France.

Mon daron, mon daron m’a dit ici fiston t’es pas chez toi fais toi tout petit mon p’tit, en gros tais toi la France nous aime pas parce que nous sommes différents pas facile à comprendre, pas facile à comprendre pour un môme de 6 ans.

D’accepter de faire sa vie dans une soute à bagages parce que ses ancêtres en ont eu marre d’être des esclaves. Et comme personne n’a jugé bon de garder ça en mémoire alors j’ai pas vu mon grand père dans les livres d’histoire

J’ai pas vu en Indochine les viols et les pillages dans les DOM- TOM les massacres et l’esclavage. Évaporées les douleurs et les souffrances les tortures en Algérie tout le monde s’en balance

Les tirailleurs sénégalais tout le monde s’en balance et qui est-ce qui morfle ?

C’est leur descendance

J’accuse l’école de cultiver l’ignorance dans la censure

La haine dans la dissimulation de son passé de ses blessures

On m’a rabâché des trucs comme démocratie, liberté, égalité, fraternité et personne n’a été fichu de me dire qui j’étais de me dire ce que je foutais là tout frisé tout bronzé

De me dire pourquoi mon nom de famille était écorché, pourquoi certains enfants n’avaient pas le droit de me parler

Bienvenue au pays des droits de l’homme de l’exclusion, de l’exception culturelle, des discriminations,

Eh ouais, là où on entasse les Arabes et les Noirs comme de sales vulgaires souris de laboratoire

Au royaume de la manipulation et du silence ça parle de mixité, de mélanges d’échanges et de différences, de tolérance, de laïcité pour se donner bonne conscience

Alors que la haine raciale sévit dans la plus grande indifférence

Franchement tu veux savoir ce que j’en pense ?

Ben, comme on dit chez nous, elle est belle la France !

Elle est belle la France

Avec son cortège d’indécence,

Ses criminels de la petite enfance qui siègent dans les hautes instances,

Ses ministres en vacances quand suffoque la vieille France

Papy ne fait plus de la résistance

il meurt de chaleur en silence

Dans la plus grande indifférence

Celle de ses enfants

celle de son voisin d’en face

Elle regarde ses familles africaines entassées dans des cages à poules

ça prend le feu mais c’est pas grave:

“c’est qu’des noirs, ça roule”

Tout le monde s’en fout comme de l’an 40,

comme du scandale du sang contaminé ou celui de l’amiante

Et ces clochards qui refroidissent en hiver

Seul au passage reste que l’Abbé Pierre

Qui essaye de sauver les meubles entre nous,

Elle a pas fait long feu la France d’en bas

J’crois qu’on peut même dire qu’elle a mangé ses vers

Aux pauvres on ne tolère pas le moindre écart,

Tolérance zéro pour les ouvriers, les chômeurs et les smicards:

Ils s’en sont pris plein la gueule

Et faudrait qu’ils la ferment

Cette bande de feignants qui ne savent que se plaindre et faire grève

A côté de ça ces soi-disant serviteurs de l’État

Continuent a magouiller

Sur le dos du tiers-état

Fausses factures, emplois fictifs, détournement de fond :

Sans problèmes ils s’en mettent plein les fouilles

Et j’en place une pour mon idole

Notre ancien président de la République

Qui depuis dix ans devrait être en tôle

A cohabiter avec Mohamed et Belameur – et si vous ajoutez le bruit et l’odeur –

Elle est belle la France qui déploie une véritable armée pour capturer l’ennemi public José Bové

A côté de ça ces messieurs du CSA et de l’UMP

Finiront par s’en sortir blanchis et innocentés

Pas comme ce jardinier arabe répondant au nom singulier

D’Omar Raddad :

Analphabète, pauvre et musulman

Pas de chance :

Et ouais monsieur Raddad :

Elle est belle la France