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Besoin primaire / Besoin secondaire

Acte II, Scène 3

Lelio débarque à Marseille avec Arlequin, «sauvage» américain dont il veut voir « la nature toute simple opposée aux lois, aux arts et aux sciences ». Arlequin est vite confronté en effet à des mœurs qui ne cessent de le surprendre. Il détrousse ainsi un marchand en ignorant qu’il convenait de le payer. Emmené par un archer, il est sauvé par Lelio, qui entreprend de lui expliquer les bons usages.

LELIO : […] Il y a deux sortes de gens parmi nous, les riches et les pauvres. Les riches ont tout l’argent, et les pauvres n’en ont point.

ARLEQUIN : Fort bien.

LELIO : Ainsi, pour que les pauvres en puissent avoir, ils sont obligés de travailler pour les riches, qui leur donnent de cet argent à proportion du travail qu’ils font pour eux.

ARLEQUIN : Et que font les riches tandis que les pauvres travaillent pour eux ?

LELIO : Ils dorment, ils se promènent, et passent leur vie à se divertir et à faire bonne chère.

ARLEQUIN : Cela est bien commode pour les riches.

LELIO : Cette commodité que tu y trouves fait souvent tout leur malheur.

ARLEQUIN : Pourquoi ?

LELIO : Parce que les richesses ne font que multiplier les besoins des hommes. Les pauvres ne travaillent que pour avoir le nécessaire; mais les riches travaillent pour le superflu, qui n’a point de bornes chez eux, à cause de l’ambition, du luxe et de la vanité qui les dévorent; le travail et l’indigence naissent chez eux de leur propre opulence.

ARLEQUIN : Mais, si cela est ainsi, les riches sont plus pauvres que les pauvres mêmes, puisqu’ils manquent de plus de choses.

LELIO : Tu as raison.

Delisle de la Drevetière, L’Arlequin sauvage (1721)

Bobos – Bourgeois bohèmes

Chanson Les Bobos :                       Renaud – album Rouge sang (2000)

On les appelle bourgeois bohêmes
Ou bien bobos pour les intimes
Dans les chanson d’Vincent Delerm
On les retrouve à chaque rime
Ils sont une nouvelle classe
Après les bourges et les prolos
Pas loin des beaufs, quoique plus classe
Vais vous en dresser le tableau
Sont un peu artistes c’est d’jà ça
Mais leur passion c’est leur boulot
Dans l’informatique, les médias
Sont fiers d’payer beaucoup d’impôts

Les bobos, les bobos
Les bobos, les bobos

Ils vivent dans les beaux quartiers
Ou en banlieue mais dans un loft
Ateliers d’artistes branchés,
Bien plus tendance que l’avenue Foch
Ont des enfants bien élevés,
Qui ont lu le Petit Prince à 6 ans
Qui vont dans des écoles privées
Privées de racaille, je me comprends

ils fument un joint de temps en temps,
font leurs courses dans les marchés bios
Roulent en 4×4, mais l’plus souvent,
préfèrent s’déplacer à vélo

Les bobos, les bobos
Les bobos, les bobos

Ils lisent Houellebecq ou Philippe Djian,les Inrocks et Télérama,
Leur livre de chevet c’est Cyoran
Près du catalogue Ikéa.
Ils aiment les restos japonais et le cinéma coréen
passent leurs vacances au cap Ferret
La Côte d’Azur, franchement ça craint
Ils regardent surtout Arte
Canal plus, c’est pour les blaireaux
Sauf pour les matchs du PSG
et d’temps en temps un p’tit porno

Les bobos, les bobos
Les bobos, les bobos

Ils écoutent sur leur chaîne hi-fi
France Info toute la journée
Alain Bashung Françoise Hardy
Et forcement Gérard Manset
Ils aiment Desproges sans même savoir
que Desproges les détestait
Bedos et Jean-Marie Bigard,
Même s’ils ont honte de l’avouer
Ils aiment Jack Lang et Sarkozy
Mais votent toujours Ecolo
Ils adorent le Maire de Paris,
Ardisson et son pote Marco

Les bobos, les bobos
Les bobos, les bobos

La femme se fringue chez Diesel
Lui c’est Armani ou Kenzo
Pour leurs cachemires toujours nickels
Zadig & Voltaire j’dis bravo
Ils fréquentent beaucoup les musées,
Les galeries d’art, les vieux bistrots
Boivent de la manzana glacée en écoutant Manu Chao
Ma plume est un peu assassine
Pour ces gens que je n’aime pas trop
Par certains côtés, j’imagine…
Que j’fais aussi partie du lot

Les bobos, les bobos
Les bobos, les bobos

Bonheur

Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu’il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu’ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n’est pas trop exigeant. Moi je veux tout, tout de suite, – et que ce soit entier – ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d’un petit morceau si j’ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd’hui et que cela soit aussi beau que quand j’étais petite – ou mourir.

Jean Anouilh, Antigone (1944)

Bourgeoisie

Chanson Camarade bourgeois – Renaud ; Album Amoureux de Paname (1975)

 

Camarade bourgeois,
Camarade fils-à-papa,
La Triumph en bas d’chez toi
Le p’tit chèque en fin de mois
Regarde-toi ah ah ah
Regarde-toi ah ah ah
Camarade bourgeois,
Camarade fils-à-papa,
T’as vraiment pas l’air con,
Quand tu sors le dimanche
Ton petit complet veston
Et ta chemise blanche
Regarde-toi ah ah ah
Regarde-toi ah ah ah

Camarade bourgeois,
Camarade fils-à-papa,
Tu roules en Ferrari
Ou en Lamborghini,
Tu roules des épaules,
Tu te crois super drôle,
Regarde-toi ah ah ah
Regarde-toi ah ah ah

Camarade bourgeois,
Camarade fils-à-papa,

Je sais, ton père est patron,
Faut pas en faire un complexe,
Le jour d’la révolution,
On lui coupera qu’la tête.
Regarde-toi ah ah ah
Regarde-toi ah ah ah

Camarade bourgeois,
Camarade fils-à-papa,
Tu passes ton temps au drugstore
Sur les Champs-Elysées
Tu te crois très très fort,
T’es jamais qu’un minet.
Regarde-toi ah ah ah
Regarde-toi ah ah ah

Camarade bourgeois,
Camarade fils-à-papa,
Rejoins les rangs de la pègre,
Tu prendras vraiment ton pied,
Ne sois plus une petite péd’,
Nous sommes tous des défoncés,
Regarde-moi ah ah ah
Regarde-moi ah ah ah
Regarde-moi ah ah ah
Regarde-moi ah ah ah

 

Voir aussi Classes sociales

Burqa

La femme grillagée                Pierre Perret

Écoutez ma chanson bien douce
Que Verlaine aurait su mieux faire
Elle se veut discrète et légère
Un frisson d’eau sur de la mousse
C’est la complainte de l’épouse
De la femme derrière son grillage
Ils la font vivre au Moyen Âge
Que la honte les éclabousse

{Refrain:}
Quand la femme est grillagée
Toutes les femmes sont outragées
Les hommes les ont rejetées
Dans l’obscurité

Elle ne prend jamais la parole
En public, ce n’est pas son rôle
Elle est craintive, elle est soumise
Pas question de lui faire la bise
On lui a appris à se soumettre
À ne pas contrarier son maître
Elle n’a droit qu’à quelques murmures
Les yeux baissés sur sa couture

{Refrain}

Elle respecte la loi divine
Qui dit, par la bouche de l’homme,
Que sa place est à la cuisine
Et qu’elle est sa bête de somme
Pas question de faire la savante
Il vaut mieux qu’elle soit ignorante
Son époux dit que les études
Sont contraires à ses servitudes

{Refrain}

Jusqu’aux pieds, sa burqa austère
Est garante de sa décence
Elle prévient la concupiscence
Des hommes auxquels elle pourrait plaire
Un regard jugé impudique
Serait mortel pour la captive
Elle pourrait finir brûlée vive
Lapidée en place publique

{Refrain}

Jeunes femmes, larguez les amarres
Refusez ces coutumes barbares
Dites non au manichéisme
Au retour à l’obscurantisme
Jetez ce moucharabieh triste
Né de coutumes esclavagistes
Et au lieu de porter ce voile
Allez vous-en, mettez les voiles

{Refrain}