A B C D E F G H I L M N O P Q R S T U V

Cage de fer (Max Weber)

Sur le non-sens de l’accumulation capitaliste, et l’absurdité d’avoir fait fortune lorsque la mort approche

Lubitsch Ernst et alii (1932) Si j’avais un million   7’00” à 7’54” Plage 2

 

Voir aussi : Désenchantement du monde ; Ère du vide

 

 

Capital culturel

[…] là où il n’était besoin que d’un grand cœur, il faut, de nos jours, un large crâne. L’art, la science et l’argent forment le triangle social où s’inscrit l’écu du pouvoir, et d’où doit procéder la moderne aristocratie. Un beau théorème vaut un grand nom. Les Fugger modernes sont princes de fait.Un grand artiste est réellement un oligarque, il représente tout un siècle, et devient presque toujours une loi.

 

Honoré de Balzac, La duchesse de Langeais (1834), Le livre de poche, p41

Capitalisme de la séduction (Clouscard)

Libéral ardent, Jacques Maillot s’était battu avec succès contre le monopole d’Air France, pour la démocratisation des transports aériens. L’odyssée de son entreprise, devenue en un peu plus de trente ans le premier voyagiste français, fascinait les magazines économiques. Comme la FNAC, comme le Club Med, Nouvelles Frontières — née avec la civilisation des loisirs — pouvait symboliser une nouvelle face du capitalisme moderne. En l’an 2000, pour la première fois, l’industrie touristique était devenue, en chiffre d’affaires, la première activité économique mondiale.

Michel Houellebecq, Plateforme (2001) Flammarion

Janine Ceccaldi, quant à elle, appartenait à la décourageante catégorie des précurseurs. Fortement adaptés d’une part au mode de vie majoritaire de leur époque, soucieux d’autre part de le dépasser « par le haut » en prônant de nouveaux comportements ou en popularisant des comportements encore peu pratiqués, les précurseurs nécessitent en général une description un peu plus longue, d’autant que leur parcours est souvent plus tourmenté et plus confus. Ils ne jouent cependant qu’un rôle d’accélérateur historique – généralement, d’accélérateur d’une décomposition historique – sans jamais pouvoir imprimer une direction nouvelle aux événements – un tel rôle étant dévolu aux révolutionnaires ou aux prophètes. Tôt, la fille de Martin et Geneviève Ceccaldi manifesta des aptitudes intellectuelles hors du commun, au moins égales à celles de son père, jointes aux manifestations d’un caractère très indépendant. Elle perdit sa virginité à l’âge de treize ans (ce qui était exceptionnel, à son époque et dans son milieu) avant de consacrer ses années de guerre (plutôt calmes en Algérie) à des sorties dans les principaux bals qui avaient lieu chaque fin de semaine, d’abord à Constantine, puis à Alger ; le tout sans cesser d’aligner, trimestre après trimestre, d’impressionnants résultats scolaires. C’est donc nantie d’un baccalauréat avec mention et d’une expérience sexuelle déjà solide qu’elle quitta en 1945 ses parents pour entamer des études de médecine à Paris.

Les années de l’immédiate après-guerre furent laborieuses et violentes ; l’indice de la production industrielle était au plus bas, et le rationnement alimentaire ne fut aboli qu’en 1948. Cependant, au sein d’une frange huppée de la population apparaissaient déjà les premiers signes d’une consommation libidinale divertissante de masse, en provenance des États-Unis d’Amérique, qui devait s’étendre sur l’ensemble de la population au cours des décennies ultérieures. Étudiante à la faculté de médecine de Paris, Janine Ceccaldi put ainsi vivre d’assez près les années « existentialistes », et eut même l’occasion de danser un be-bop au Tabou avec Jean-Paul Sartre. Peu impressionnée par l’œuvre du philosophe, elle fut par contre frappée par la laideur de l’individu, aux confins du handicap, et l’incident n’eut pas de suite. Elle-même très belle, d’un type méditerranéen prononcé, elle eut de nombreuses aventures avant de rencontrer en 1952 Serge Clément, qui terminait alors sa spécialité de chirurgie.

« Vous voulez un portrait de mon père ? aimait à dire Bruno des années plus tard ; prenez un singe, équipez-le d’un téléphone portable, vous aurez une idée du bonhomme. » À l’époque, Serge Clément ne disposait évidemment d’aucun téléphone portable ; mais il était en effet assez velu. En somme, il n’était pas beau du tout ; mais il se dégageait de sa personnalité une virilité puissante et sans complications qui devait séduire la jeune interne. En outre, il avait des projets. Un voyage aux États-Unis l’avait convaincu que la chirurgie esthétique offrait des possibilités d’avenir considérables à un praticien ambitieux. L’extension progressive du marché de la séduction, l’éclatement concomitant du couple traditionnel, le probable décollage économique de l’Europe occidentale : tout concordait en effet pour promettre au secteur d’excellentes possibilités d’expansion, et Serge Clément eut le mérite d’être un des premiers en Europe – et certainement le premier en France – à le comprendre ; le problème est qu’il manquait des fonds nécessaires au décollage de l’activité. Martin Ceccaldi, favorablement impressionné par l’esprit d’entreprise de son futur gendre, accepta de lui prêter de l’argent, et une première clinique put ouvrir en 1953 à Neuilly. Le succès, relayé par les pages d’information des magazines féminins alors en plein développement, fut en effet foudroyant, et une nouvelle clinique ouvrit en 1955 sur les hauteurs de Cannes.

Michel Houellebecq, Les particules élémentaires (1998), Flammarion p34-36

Chanson critique dénonçant la tyrannie de la norme esthétique des stars du show-business

Linda Lemay Au nom des frustrées Album: Lynda Lemay Live (1999)

Au nom de toutes les frustrées du monde entier
Au nom de toutes les pauvres laissées pour compte
J’vais crever les pneus de toutes les voitures aux vitres embuées
Et je vais couper les cheveux des grandes blondes.

Au nom de celles qu’à l’intérieur elles sont belles
Au nom de toutes les cocues inconsolables
Je vais filer en douce tous les p’tits couples jusqu’à leurs motels
Et je vais crier “au feu” quand ça a l’air agréable.

Au nom de toutes les bonnes femmes à la diète
Au nom de toutes les victimes d’adultère
J’vais accrocher sans faire exprès avec le bout d’ma cigarette
Tous les visons des secrétaires particulières.

Au nom de toutes les frustrées du monde entier
Je vais kidnapper Adjani et Sophie Marceau

[ Variante :Je vais kidnapper Shakira… et Cameron Diaz ]
Je vais leur faire bouffer des chips et des brownies à la pocheté
Jusqu’à voir apparaître deux gros ventres flasques.

An nom de toutes les pas jolies mais très gentilles
Au nom de toutes les révoltées contre les hommes
Je vais entrer par effraction chez les p’tits cons tombeurs de filles
Je vais leur faire “guili-guili” pendant qu’ils dorment.

Au nom de toutes les allergiques aux agaces
Au nom de toutes les ennemies de Sharon Stone
Je vais m’asseoir au cinéma derrière un couple qui s’embrasse
Je vais éternuer dans les séquences cochonnes.

Au nom de toutes les frustrées du monde entier
Au nom des mangeuses de tires de Sainte Catherine
J’vais faire signer des pétitions contre le sexe à la télé
J’vais faire la chasse aux laminés de Marilyn.

Au nom de toutes les coquettes qui vieillissent
Et qui n’attirent plus le regard de leur mari
J’vais m’arranger pour trouver l’moyen d’faire pousser des varices
Sur les gambettes de pétards de Dynasty

[Variante : Sur les gambettes de Monica Bellucci]

Au nom de la désillusion et de la rage
Au nom des tentations secrètes des bonnes-soeurs

[Variante : Au nom des tentations secrètes des mamies]
J’vais supplier le diable de faire apparaître un feu sauvage
Sur la grosse maudite bouche de Kim Basinger

Au nom de toutes les frustrées du monde entier
J’ai composé cette chanson thérapeutique
Plus on la gueule fort mesdames et plus on se sent libérée
Je la conseille à toutes les frustrées chroniques !

Cercle vicieux

La conversation roulait autour d’un attentat qui avait eu lieu la veille aux Champs-Élysées. Une bombe avait été déposée sous une banquette dans un café. Deux personnes étaient mortes. Une troisième avait les jambes sectionnées et la moitié du visage arraché ; elle resterait mutilée et aveugle. J’appris que ce n’était pas le premier attentat ; quelques jours auparavant une bombe avait explosé dans une poste près de l’Hôtel de Ville, déchiquetant une femme d’une cinquantaine d’années. J’appris également que ces bombes étaient posées par des terroristes arabes, qui réclamaient la libération d’autres terroristes arabes, détenus en France pour différents assassinats.

Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte (1994), J’ai lu, pp21-22

Cercle vicieux

La conversation roulait autour d’un attentat qui avait eu lieu la veille aux Champs-Élysées. Une bombe avait été déposée sous une banquette dans un café. Deux personnes étaient mortes. Une troisième avait les jambes sectionnées et la moitié du visage arraché ; elle resterait mutilée et aveugle. J’appris que ce n’était pas le premier attentat ; quelques jours auparavant une bombe avait explosé dans une poste près de l’Hôtel de Ville, déchiquetant une femme d’une cinquantaine d’années. J’appris également que ces bombes étaient posées par des terroristes arabes, qui réclamaient la libération d’autres terroristes arabes, détenus en France pour différents assassinats.

Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte (1994), J’ai lu, pp21-22

Chaîne de causalité


 

Chanson Docteur de Pierre Perret

Album Ça la fait marrer (1979)


 

Docteur quand je m’ennuie je fume
Quand je fume je tousse
Quand je tousse je crache
Quand je crache j’ai soif

Docteur quand j’ai soif je bois
Mais j’ai peur que ça devienne une coutume
Alors je fume
Aussitôt j’ai la vue qui baisse
[…]



Docteur quand je m’ennuie j’ai faim
Quand j’ai faim je mange
Quand je mange j’ai soif

Quand j’ai soif je bois
Docteur quand je bois je me sens seul
Quand je suis seul je m’ennuie comme une enclume
Alors je fume
Dès lors mes doigts de pieds sont brûlants
[…]


 

Docteur je digère très mal
Et quand je vais au bal
Si je digère mal
C’est une vraie vacherie
Docteur y a des bruits bizarres
Et pour pas que ma cavalière se marre
Alors je chante
Mais dès que je chante
Ça me donne soif
Et quand je bois je me sens vite seul
C’est quand je suis seul que je me consume
Et c’est pour cette raison que je fume



Docteur en plus de ça je dors pas
Et moi quand je dors pas
Je me casse pas la tête
Je prends une cigarette
Docteur je me refous à tousser
[…]



Docteur en plus de ça je joue
Quand je joue je tremble
Quand je tremble je bois
Quand je bois j’en renverse
Docteur ces choses-là m’ennuient
Quand je m’ennuie
Je remâche mon amertume
Alors je fume
[…]


 

Question : Identifiez les différentes chaînes causales dans cette chanson.

Chaîne de causalité

Chanson Docteur Pierre Perret Album Ça la fait marrer (1979)

Docteur quand je m’ennuie je fume
Quand je fume je tousse
Quand je tousse je crache
Quand je crache j’ai soif

Docteur quand j’ai soif je bois
Mais j’ai peur que ça devienne une coutume
Alors je fume
Aussitôt j’ai la vue qui baisse
[…]


Docteur quand je m’ennuie j’ai faim
Quand j’ai faim je mange
Quand je mange j’ai soif

Quand j’ai soif je bois
Docteur quand je bois je me sens seul
Quand je suis seul je m’ennuie comme une enclume
Alors je fume
Dès lors mes doigts de pieds sont brûlants
[…]

Docteur je digère très mal
Et quand je vais au bal
Si je digère mal
C’est une vraie vacherie
Docteur y a des bruits bizarres
Et pour pas que ma cavalière se marre
Alors je chante
Mais dès que je chante
Ça me donne soif
Et quand je bois je me sens vite seul
C’est quand je suis seul que je me consume
Et c’est pour cette raison que je fume

Docteur en plus de ça je dors pas
Et moi quand je dors pas
Je me casse pas la tête
Je prends une cigarette
Docteur je me refous à tousser
[…]


Docteur en plus de ça je joue
Quand je joue je tremble
Quand je tremble je bois
Quand je bois j’en renverse
Docteur ces choses-là m’ennuient
Quand je m’ennuie
Je remâche mon amertume
Alors je fume
[…]

Question : Identifiez les différentes chaînes causales dans cette chanson.

Chômage

« Les hauts salaires d’hier provoquent le chômage d’aujourd’hui et les baisses de pouvoir d’achat de demain. »


Michel Albert

 

Classe de loisir

Ce que Vladimir Nabokov dispense à priori avec largesse à ses étudiants du haut de l’estrade de l’amphithéâtre Goldwin Smith, à partir de 1950, dans son célèbre cours 311-312 ? Pas moins que la crème de la littérature, les moyens critiques de la reconnaître et d’en jouir. Un don au sens du « talent » comme de l’« offrande », généreux et forcément aristocratique (generosus signifie « noblesse d’extraction » et « bonté de cœur ») d’un art littéraire entendu comme dépense inutile autant que désintéressée, « luxe pur et simple » dont il affirme bien haut qu’il n’a « aucune espèce de valeur pratique, sauf pour la personne qui présente la particularité très spéciale de vouloir être professeur de lettres ». Luxe de la jouissance, de la gratuité et de la connaissance pures qui concerne tout autant l’art d’écrire que celui de lire.

 Littératures (1980), Vladimir Nabokov,

éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 2010,

Préface de Cécile Guilbert — Les ruses du professeur Nabokov, p. XVIII