A B C D E F G H I L M N O P Q R S T U V

Habitus (d’enseignants)

Une « cartographie culturelle » des enseignants, à la manière du schéma de Pierre Bourdieu (combinaisons entre volume global de capital et composition entre capital culturel et capital économique) répertoriant des pratiques culturelles emblématiques.



 

Chanson Tes parents de Vincent Delerm – Album Vincent Delerm (2002)


Tes parents ce sera peut-être
Des professeurs de lettres
Branchés sur France Inter
Et qui votent pour les Verts
Chez tes parents dans ce cas là
Y aura Télérama
Un album sur Colette
Et le chauffage à dix-sept


 

Mais tes parents si ça tombe
Aiment bien faire le tour du monde
Aller dans les pays chauds
Et ramener des diapos
Pour Noël si ça se trouve
J’aurais un bouquin sur le Louvre
Si ça se trouve tes parents
Sont un tout petit peu chiants



Je suis prêt à tout accepter
Figaro Madame ou Libé
Je suis prêt à faire des concessions
Manger de la cervelle de mouton
Je suis prêt à tout pour que ça passe
Caresser leur chien dégueulasse
Supporter toute la Traviata
Et même regarder Thalassa



Mais tes parents pourquoi pas
Font du ski dans le Jura
Cinquantaine ils s’éclatent
A l’avant du quatre-quatre
Si tes parents nous traînaient
Faire du golf au Touquet
Peut-être que tes parents
On les verrait pas souvent



Mais tes parents c’est probable
Le samedi jouent au scrabble
Ils viennent juste de s’inscrire
Dans la chorale de Riquewihr
Tes parents au café
Commandent un quart Perrier
Tes parents c’est peut-être
Des gens à la retraite



Je suis prêt à tout accepter
Figaro Madame ou Libé
Prêt à trahir mes convictions
Manger des huîtres au réveillon
Je suis prêt à tout pour que ça passe
Dire du mal du voisin d’en face
Supporter les Opel Vectra
Et même regarder Thalassa



Mais tes parents c’est p’têt des gens bien

Qui regardent les soirées spéciales Joe Dassin

Et qui disent ben non tant pis on f’ra la vaisselle demain matin

Avec ta mère qui veut toujours qu’on ramène les restes de la blanquette

Quand on rentre le dimanche soir à la Porte de Champerret

Et puis ton père qui m’demande :

« Alors Vincent quand est-ce que vous faites un disque ? » (soupir)


 

J’suis prêt à tout pour que ça passe
Caresser leur chien dégueulasse
Ouvrir les boites de Canigou

Chloé m’a tellement parlé de vous
Chloé m’a tellement parlé de vous

 

Habitus (de petits fonctionnaires dans un service culturel)

 


 

Chanson Tes parents version 2 de Vincent Delerm. Live au Bataclan (2009)



Tes parents ça m’fait peur
Sont peut-être collectionneurs
De briquets, tapisseries
Et de coussins Johnny
Les sous-tasses à café
« Chanteur abandonné »
Sont au fond du placard
Près des bols « noir c’est noir »



Mais tes parents, ça existe
Sont d’anciens maoïstes
A Nanterre dans l’amphi
Ils poussaient des grands cris
Dans ce cas-là tes parents
sont devenus entre-temps
Adjoints à la culture
A la mairie d’Saumur



[Refrain]
Je suis prêt à tout accepter
Nolwenn Leroy, Léo Ferré
J’suis prêt à faire des concessions
Revoir un film de Luc Besson
J’suis prêt à tout pour que ça passe
Lire Luc Ferry sur la terrasse
Demander « Ça là-bas c’est quoi ?
… Ah j’aurais dis des bégonias »



Mais tes parents tout l’hiver
Marquent-page le guide vert
En juillet bermuda
sur la plage d’Omaha
Chaussettes dans les sandales
aux pieds des cathédrales
Grand sourire, sac banane
A Ouradour-sur-Glane



Mais tes parents ont choisi
A Exopotamie
Une bougie au thé vert
Pour mon anniversaire
Des chandelles anti-stress
Pour ton DESS
Et pour le disque d’or
Leur treizième photophore



J’suis prêt à tout accepter
JMJ ou fête du PC
Prêt à trahir mes convictions
Tenir le score du mot le plus long
J’suis prêt à tout pour que ça passe
Intégrale de Patricia Kaas
« Et donc ça, c’est des pétunias ?
Non mais non… j’aurais pas dit ça »



Mais tes parents c’est p’têt des gens biens
Qui programment leur magnétoscope le mercredi soir
à 23h40 pour enregistrer Columbo
et puis qui disent le lendemain
« Tiens, on a un Columbo à regarder »
et puis qui disent le surlendemain
« Il faut quand même qu’on pense à regarder
le Columbo qu’on a enregistré avant-hier »
et puis qui disent trois jours après
« C’est un peu idiot, on a enregistré un Columbo,
on l’a toujours pas regardé »
et puis qui disent un mois après
« Y a une K7 avec un Columbo,
on peut peut-être mettre
Le peuple migrateur dessus » ?



[Refrain]


 

Avec ta mère qui veut toujours qu’on vienne les mains vides
et finalement on apporte un livre sur l’art de vivre au Pays-Bas
et finalement elle garde le papier-cadeau en souvenir
alors ça n’incite pas à venir les mains vides le mois suivant
Et puis ton père qui me demande :
« Alors Vincent, quand est-ce que vous faites
une chanson sur la Dune du Pyla ? »



J’suis prêt à tout pour que ça passe
Caresser toutes les plantes vivaces
« Et ça alors, ça pousse un peu partout ?
Charlotte m’a tellement parlé d’vous »

Hériter

        C’est à ce moment, étrangement, que je pris pour la première fois conscience que j’allais devenir un homme riche ; enfin, relativement riche. Le virement des comptes de mon père avait déjà eu lieu. Pour le reste j’avais confié la vente de la voiture à un garagiste, celle de la maison à un agent immobilier ; tout s’était arrangé de la manière la plus simple. La valeur de ces biens était fixée par la loi du marché. Il y avait bien sûr une marge de négociation : 10 % de part et d’autre, pas plus. Le taux d’imposition, non plus, n’était pas un mystère : il suffisait de consulter les petites brochures, très bien faites, remises par la Direction des impôts.

        Sans doute mon père avait-il, à plusieurs reprises, envisagé de me déshériter; finalement, il avait dû y renoncer; il avait dû se dire que c’était trop de complications, trop de démarches pour un résultat incertain (car ce n’est pas facile de déshériter ses enfants, la loi ne vous offre que des possibilités restreintes : non seulement les petits salauds vous pourrissent la vie, mais ils profitent ensuite de tout ce que vous avez pu accumuler, au prix des pires efforts). Il avait dû se dire surtout que ça n’avait aucun intérêt – parce que, ce qui pouvait arriver après sa mort, qu’est-ce qu’il en avait à foutre? Voilà comment il avait raisonné, à mon avis. Toujours est-il que le vieux con était mort, et que j’allais revendre la maison où il avait passé ses dernières années; j’allais également revendre le Toyota Land Cruiser qui lui servait à ramener des packs d’Evian du Casino Géant de Cherbourg. Moi qui vis près du Jardin des Plantes, qu’aurais-je fait d’un Toyota Land Cruiser ? J’aurais pu ramener des raviolis à la ricotta du marché Mouffetard, et c’est à peu près tout.

        Lorsqu’il s’agit d’un héritage en ligne directe, les droits de succession ne sont pas très élevés – même si les liens d’affection n’étaient, eux non plus, pas très forts. Impôts déduits, je pouvais ramasser dans les trois millions de francs. Ça représentait à peu près quinze fois mon salaire annuel. Ça représentait également ce qu’un ouvrier non qualifié pouvait espérer gagner, en Europe occidentale, au cours d’une vie de labeur ; ce n’était pas si mal. On pouvait commencer à s’en sortir; on pouvait essayer.

        Dans quelques semaines, certainement, je recevrais une lettre de la banque. Le train approchait de Bayeux, je pouvais déjà imaginer le déroulement de la conversation. Le professionnel de mon agence aurait constaté un solde positif important sur mon compte, il souhaiterait s’en entretenir avec moi – qui n’a pas besoin, à un moment ou un autre de sa vie, d’un partenaire placements ? Un peu méfiant, je désirerais m’orienter vers des options sûres ; il accueillerait cette réaction – si fréquente – avec un léger sourire. La plupart des investisseurs novices, il le savait bien, privilégient la sécurité par rapport au rendement ; ils s’en amusaient souvent, entre collègues. Je ne devais pas me méprendre sur ses termes : en matière de gestion du patrimoine, certaines personnes âgées se comportent comme de parfaits novices. Pour sa part, il tenterait d’attirer mon attention sur un scénario légèrement différent – tout en me laissant, bien entendu, le temps de la réflexion. Pourquoi ne pas investir, effectivement, les deux tiers de mon avoir dans un placement sans surprises, mais à revenu faible ? Et pourquoi ne pas consacrer le dernier tiers à un investissement un peu plus aventureux, mais aux possibilités de valorisation réelles? Après quelques jours de réflexion, je le savais, je me rendrais à ses arguments. Il se sentirait conforté par mon adhésion, préparerait les documents avec un pétillement d’enthousiasme – et notre poignée de main, au moment de la séparation, serait ouvertement chaleureuse.


Michel Houellebecq, Plateforme, (2001), Flammarion

Héritiers (rapacité des – )

Dans le film Si j’avais un million de Ernst Lubitsch et alii (1932), on trouve une scène intéressante où le multi-millionnaire, John Glidden, maudit toute sa famille. Il l’accuse d’en vouloir uniquement à son argent.


Localisation de l’extrait :

Plage 2 du DVD 5’26 à 7’00”

Hétérogamie (Hypergamie / Hypogamie)

Eugène de Rastignac, Madame de Langeais et Madame de Beauséant discutent du mariage des filles du père Goriot, un petit bourgeois industriel, avec le baron de Nucingen, banquier, et le marquis de Restaud, qui appartient à la grande aristocratie. Dans cette discussion, le mépris de classe des deux aristocrates pour ces parvenues est patent.


[…] Enfin, je m’étais assez bien entendu avec le mari, je me voyais souffert pour un temps par la femme, lorsque je me suis avisé de leur dire que je connaissais un homme que je venais de voir sortant par un escalier dérobé, et qui avait au fond d’un couloir embrassé la comtesse.

Qui est-ce ? dirent les deux femmes.

Un vieillard qui vit à raison de deux louis par mois, au fond du faubourg Saint-Marceau, comme moi, pauvre étudiant ; un véritable malheureux dont tout le monde se moque, et que nous appelons le père Goriot.

Mais, enfant que vous êtes, s’écria la vicomtesse, madame de Restaud est une demoiselle Goriot.

La fille d’un vermicellier, reprit la duchesse, une petite femme qui s’est fait présenter le même jour qu’une fille de pâtissier. Ne vous en souvenez-vous pas, Clara ? Le Roi s’est mis à rire et a dit en latin un bon mot sur la farine. Des gens, comment donc ? des gens…

Ejusdem farinæ *, dit Eugène.

C’est cela, dit la duchesse.

Ah ! c’est son père, reprit l’étudiant en faisant un geste d’horreur.

Mais oui ; ce bonhomme avait deux filles dont il est quasi fou, quoique l’une et l’autre l’aient à peu près renié.

La seconde n’est-elle pas, dit la vicomtesse en regardant madame de Langeais, mariée à un banquier dont le nom est allemand, un baron de Nucingen ? Ne se nomme-t-elle pas Delphine ? N’est-ce pas une blonde qui a une loge de côté à l’Opéra, qui vient aussi aux Bouffons, et rit très haut pour se faire remarquer ?

La duchesse sourit en disant : – Mais, ma chère, je vous admire. Pourquoi vous occupez-vous donc tant de ces gens-là ? Il a fallu être amoureux fou, comme l’était Restaud, pour s’être enfariné de mademoiselle Anastasie. Oh ! il n’en sera pas le bon marchand ! Elle est entre les mains de monsieur de Trailles, qui la perdra.

Elles ont renié leur père, répétait Eugène.

Eh bien ! oui, leur père, le père, un père, reprit la vicomtesse, un bon père qui leur a donné, dit-on, à chacune cinq ou six cent mille francs pour faire leur bonheur en les mariant bien, et qui ne s’était réservé que huit à dix mille livres de rente pour lui, croyant que ses filles resteraient ses filles, qu’il s’était créé chez elles deux existences, deux maisons où il serait adoré, choyé. En deux ans, ses gendres l’ont banni de leur société comme le dernier des misérables.


Honoré de Balzac, Le père Goriot (1834), Le livre de poche, pp90-92


* Ejusdem farinæ : “de la même farine” se dit plaisamment de gens ou de choses ayant les mêmes défauts, les mêmes vices  


Voir aussi : Mépris de classe ; Homogamie

 

Homme marginal (Robert E. Park)

Dans le film Ressources humaines (1999) de Laurent Cantet, on voit que sa mobilité sociale crée d’importantes difficultés relationnelles au personnage de Franck, fils d’ouvrier frais émoulu d’une école de commerce. Il est coupé à la fois de ses amis d’enfance, restés de plain-pied dans la classe ouvrière, et de ses nouveaux collègues cadres qu’il trouve « sinistres et pas très futes-futes », comme il l’explique à son père.


Sa situation « d’homme marginal » atteint son paroxysme avec la scène du meeting au gymnase municipal, où il sent bien qu’il n’appartiendra jamais au monde ouvrier pour lequel il vient de s’engager et de prendre de gros risques ; et que dans le même temps le monde des cadres, par ses codes et ses valeurs, lui est étranger.

Homogamie

Dans La femme seule et le prince charmant (1999), Jean-Claude Kaufmann écrit :« N’importe qui n’épouse pas n’importe qui parce que n’importe qui ne rencontre pas n’importe qui. » Autrement dit les lieux de rencontre sont soumis à une ségrégation sociale.

 

On trouve un bon exemple dans le film Le beau mariage (1982) d’Eric Rohmer, lorsque le personnage joué par Arielle Dombasle dit qu’elle a rencontré son mari par hasard, alors que leur proximité sociale les fait fréquenter les mêmes lieux select.

Homoparentalité


 

Chanson Les deux hommes de Linda Lemay

Album Les lettres rouges (2002)


Ils voulaient devenir parents, les deux hommes
Et ils se sont battus longtemps
Pour avoir droit tout simplement, les deux hommes
Les deux têtus, les deux amants
a une famille…alors ils ont
Adopté un joli poupon



Ils sont enfin devenus papas, les deux hommes
et comme tous les papas sérieux
Ils se sont creusé malgré eux, les deux hommes
Des cernes mauves sous les yeux
A chercher la meilleure façon
de s’occuper d’leur nourrisson



Il n’aura pas eu de maman, le petit môme
N’aura tété que des biberons
N’aura pas connu ces seins blancs que l’on donne
à tant d’autres petits garçons
dans ces maisons ou ça s’querelle

pour des raisons conventionnelles



Ils y arrivaient pas trop mal, les deux hommes
Les deux amoureux, les deux mâles
Même s’il était clair dans la tête des deux pères
qu’ils ne pouvaient pas se permettre
Les mêmes faiblesses, que l’on pardonne
à tous les parents de la Terre



Il aura grandi calmement, le garçon
jusqu’à cinq ans, jusqu’à l’école
Ou bien sûr quelques garnements se moqueront
en le traitant de fils de folles
Et il en gardera des séquelles
Il reniera ses paternels



Ils étaient de braves parents, les deux hommes
Mais l’monde étant c’qu’il est devenu
L’amour, ben c’est pas différent pour deux hommes
souvent l’amour, ça en peut plus
Et ce fut l’cas d’cet amour-là
Les deux hommes ont baissé les bras



Un tel échec fait toujours mal, on n’veut pas
Se r’trouver monoparental
Mais quand tu t’fais appeler pédale et papa
Là t’es un homoparental
Pour les langues sales et les jugements
Les “on l’savait qu’ça foutrait l’camp”



Ils feront tout pour consoler leur enfant
Leur adolescent partagé
Qui tentera bien de n’pas rêver d’sa maman
De sa peau tendre et satinée
Et d’son épaule comme une gouttière
Pour y déverser ses rivières



Ils seront toujours les parents, les deux hommes
de l’homme que leur fils deviendra
et même s’ils n’entreront jamais dans les normes
s’ils auront été maladroits
Ils n’auront pas perdu le droit
D’être des hommes dignes et droits



Ils seront toujours des papas, les deux vieux
et leur garçon s’en souviendra
Quand à son tour il embuera ses beaux yeux
En tenant un poupon dans ses bras
Et c’est à temps qu’il comprendra
Un petit peu mieux les deux hommes
et c’est à temps qu’il reviendra
Avant que ses papas s’endorment.




 

Chanson Mon petit mec et moi des Wriggles

Album Moi d’abord (2005)


 

Mon petit mec et moi…
On se fait des câlins
On se fait des mamours
Et les autres on s’en fout
Mon petit mec et moi…
On se tient par la main
Et les gens tout autour
Ne regardent que nous
Mon petit mec et moi
On s’embrasse sur la bouche
… Quand je lui change sa couche !



(Frédo)
Ton petit mec et moi
On a rien besoin de se dire
Et quand on se comprend
C’est souvent par hasard
Ton petit mec et moi
On s’observe grandir
Tous les deux on s’apprend
Beaucoup par le regard
Ton petit mec et moi
On s’embrasse pas sur la bouche
Quand je lui change sa couche



(Tonio)
Depuis le divorce, pour la justice
Je vis tout seul avec mon fils
Mon ex étant hôtesse de l’air
Ca lui laisse peu d’temps pour être mère
Elle sait que j’suis dev’nu homo
(Frédo) Qu’on lui f’ra pas d’enfants dans l’dos
(Tonio) Elle t’apprécie, te trouve super
(Frédo) Elle dit qu’on fait une super paire de pères



(Frédo & Tonio) Pour les voisins, c’est différent
(Frédo) Deux pédés ça fait pas des parents
(Frédo & Tonio) Pour la «morale», n’en parlons pas
(Tonio) Même si Jésus avait deux papas
(Frédo) Pour la rumeur, ce s’rait trop dur
(Frédo) On s’rait deux pédophiles, c’est sûr
(Frédo & Tonio) Alors on joue les hétéros, on invite des copines au resto



(Tonio) Mon petit mec et moi
(Frédo) Ton petit mec et toi
(Frédo & Tonio) On est bien tous les trois, on est bien comme ça !

Homophobie



 

Chanson Jérôme des Ogres de Barback

Album Du simple au néant (2007)


 

On s’est levé tôt ce matin
Puis tu m’as pris par les épaules
Les gens dans leur barbe ont sourit
Pour ne pas être surpris
Car ils savent bien qu’nous n’auront pas de mômes, Jérôme.



Puis ils nous ont jugé de haut
Cela ne nous fait même plus mal
S’il fallait répondre illico
La vie deviendrait infernale
Pour tout ceux qui n’auront pas de mômes, Jérôme.



Nous qui refusons les ghettos
De ceux qui pour être à la page
S’enfermeront un peu idiots
Dans leur quartier comme des cages
Faites pour ceux qui n’auront pas de môme, Jérôme.



Moi qui ne trouve rien à dire
A juger ou à compromettre
Comment trouvent-il tant à rire
A se moquer et à se permettre
Des mots pour ceux qui n’auront pas de môme, Jérôme.



Et puis un jour nous partirons
Dans un transport original
A voile ou à vapeur au fond
De cet humour un peu bancal
Surtout ceux qui n’auront pas de môme, Jérôme.



On prendra le chemin bizarre
Celui de l’ignorance humaine
Loin de tous ces cons sans histoire
Que cultivent pourtant la haine
Contre tous ceux qui n’auront pas de môme, Jérôme.



Et puis un jour nous partirons
Dans un univers incroyable
Et des millions d’enfants riront
De ne pas croire cette fable
L’histoire de ceux qui n’auront pas de môme, Jérôme.



On prendra le chemin étrange
De notre vie un peu minable
De ceux qui vivent loin des anges
Abandonnés des dieux louables
De tout ceux qui n’auront pas de môme, Jérôme.



Et puis un jour nous partirons
Dans un univers incroyable
Et ces millions d’enfant feront
Un vacarme de tous les diables
Et cette fois ils seront nos mômes, Jérôme.



On aimera tôt ce matin
Et la vie nous portera drôle
Une ribambelle de gamins
De marmots se tenant la main
Et cette fois ils seront nos mômes,
Jérôme.




 

Chanson Petit pédé de Renaud – Album Boucan d’enfer (2002)


T’as quitté ta province coincée
Sous les insultes, les quolibets
Le mépris des gens du quartier
Et de tes parents effondrés


A quinze ans quand tu as découvert
Ce penchant paraît-il pervers
Qu’tu l’as annoncé à ta mère
J’imagine bien la galère !


Petit pédé…


T’aurais été noir, pas d’lézard
Besoin d’l’annoncer à personne
Mais c’est franch’ment une autre histoire
Que d’avouer « j’aime les hommes »



C’est pas d’ta faute, c’est la nature
Comme l’a si bien dit Aznavour
Mais c’est quand même sacrément dur
A l’âge des premières amours



Petit pédé…



P’is toute sa vie à faire semblant
D’être « normal », comme disent les gens
Jouer les machos à tout bout d’champ
Pour garder ton secret d’enfant



Dans le p’tit bled d’où tu viens
Les gens te traitaient pire qu’un chien
Il fait pas bon être pédé
Quand t’es entouré d’enculés



Petit pédé…



A Paris, tu as débarqué
Dans les backrooms du Marais
Dans ce ghetto un peu branché
Tu as commencé à t’assumer



Pour tous les homos des bars gays
Tu étais un enfant perdu
Tu as été bien vite adopté
Même si c’était pour ton cul



Petit pédé…



Tu t’es laissé aller parfois
A niquer plus que de raison
C’est ta liberté, c’est ton droit
T’as heureusement fait attention



Tu t’es protégé de ce mal
Qui a emporté tant de tes potes
Face à ce virus infernal
Tu sortais jamais sans capotes



Petit pédé…



Bientôt tu trouveras un mec
Un moustachu ou un gentil
Alors tu te maqueras avec
Pour quelques jours ou pour la vie



Rêverez peut-être d’un enfant
Y’en a plein les orphelinats
Sauf que pour vous papa-maman
C’est juste interdit par la loi



Petit pédé…



Tu seras malheureux parfois
La vie c’est pas toujours le pied
Moi qui ne suis pas comme toi
Le malheur j’ai déjà donné



Qu’on soit tarlouze ou hétéro
C’est, final’ment, le même topo
Seul l’amour guérit tous les maux
Je te le souhaite et au plus tôt



Petit pédé, petit pédé…

Hygiènisme

 

Chanson À notre santé de Bénabar – Album Bénabar (2001)


 

Ils mènent une vie sans excès.
Font gaffe à tout et se surveillent de près.
Avoir un corps parfait, c’est un sacerdoce.
Mais leur capital santé mérite des sacrifices.
Il boit de la bière sans alcool.
Elle mange pas de viande ça donne du cholestérol.
ils boivent leur café décaféiné.
Avec du sucre désucrifié.



Est-ce de ma faute à moi, si j’aime le café et l’odeur du tabac,
Me coucher tard la nuit, me lever tôt l’après midi,
Aller au resto et boire des apéros
…À notre santé !



Elle met de la crème anti-âge
Qu’elle combine avec un doux gommage
Qui restructure en profondeur les macromolécules
En hydratant le derme contre les rides et les ridules
Comme il redoute l’effet peau d’orange,
Elle a eu un rameur pour leurs dix ans de mariage
Il dit qu’il aime le sport, pas la compétition,
C’est quoi ces coupes, ces médailles, bien en vue dans le salon ?


 

Est-ce de ma faute à moi, si j’aime le café et l’odeur du tabac,
Me coucher tard la nuit, me lever tôt l’après midi,
Aller au resto et boire des apéros
Les cheveux blancs des vieux, les enfants dépeignés,
Les rides au coin des yeux, les doigts dans le nez
Le bordel, le désordre et le bruit, le « pas bien rangé »…
Le « ça peut plus durer ! »
… À notre santé !


 

Des fois un criminel allume une cigarette,
Elle le fusille du regard et court vers la fenêtre.
Elle dit ” Ah ! De l’air, c’est vivifiant ! “.
Et aspire à plein poumons les bons gaz d’échappement
Il a des bombes qui vaporisent du poison
Contre tous les insectes de la création.
Il faut éradiquer tout ce qui apporte des maladies.
Il a des vues sur ses voisins. Mais les tuer, c’est interdit.


 

Est-ce de ma faute à moi, si j’aime le café et l’odeur du tabac,
Me coucher tard la nuit, me lever tôt l’après midi,
Aller au resto et boire des apéros
…À notre santé !