A B C D E F G H I L M N O P Q R S T U V
Im In

Imitation (loi de – ) (G. Tarde)

             Le Français, plus que tout autre homme, ne conclut jamais en dessous de lui, il va du degré sur lequel il se trouve au degré supérieur : il plaint rarement les malheureux au-dessus desquels il s’élève, il gémit toujours de voir tant d’heureux au dessus de lui.


Honoré de Balzac, La duchesse de Langeais (1834),

Le livre de poche, p42

Immigration

Chanson Les étrangers de Enrico Macias (1978)


 

Ils construisent des maisons
Qu’ils n’habiteront jamais
Les étrangers
Qui s’exilent pour leurs enfants
Ils sont pourtant des millions
Qui travaillent désormais
Sur des chantiers
Où ils meurent de temps en temps
Malgré l’ennui, malgré l’effort,
Autour d’un feu, le soir ils chantent encore
Que grâce à Dieu en vérité
C’est l’Amérique qu’ils vont trouver


 

Ils construisent des maisons
Qu’ils n’habiteront jamais
Les étrangers
Qui s’exilent pour leurs enfants
Ils affrontent les dangers
Pour de modestes projets
Les étrangers
Qui nous laissent indifférents
Regardez-les flâner le soir
Cherchant en vain l’amitié d’un regard
Que de mépris sur leur chemin
Leur Amérique est encore loin


 

Que ferions-nous s’ils s’en allaient
Je suis certain qu’on les regretterait
Apportons-leur un peu de joie
Notre Amérique leur doit bien ça


 

Apportons-leur un peu de joie
Notre Amérique leur doit bien ça
Ils construisent nos maisons


 

Voir aussi : Racisme

 

 

Impérialisme


 

Chanson Pompafric de Tryo – Album Grain de sable (2003)


Ouh ouh, ouh wouah ouh {x2}



{Refrain:}
J’ai toujours eu
De l’admiration pour vous
J’ai toujours su
Que vous seriez avec nous
Je vous emmène
Dans nos nouvelles colonies
à l’africaine


Ô prédateurs tentaculaires
Ô boulimies monopolistes
Ô technocrates mercenaires
Quand la finance a ses artistes
Ô terrain d’jeu au soleil
Ô chaises longues pour politiques
Boloré

Bouygues Vivendi Elf
Se servent sur la pomp Afrique.


Bolopoly Boloréseau,
Boloré voyage au Congo
Boloré crée son arsenal
Rejoint la cour du général
Bolocratie Bolo la pieuvre
Regarde les devises qui pleuvent
Quand Bolo se roule un tarpé
Il ouvre une usine OCB



{Refrain}


Mitterrand était mon papa
J’pars en colo en Angola
Je connais tous les moniteurs
Richissimes archi-corrupteurs
Y’a des armées désœuvrées
Qui méritent qu’on leur tienne compagnie
Nous on fait la guerre en musique
On fait chanter la République



France Afrique l’immaculée

Intérêts pétro-meurtriers
Pendant que l’Angola se viole
Nous on fait l’amour dans l’pétrole
Guinée Togo Bissau Biafra
On est mouillé jusqu’au Rwanda,
On a dopé vos dictateurs
Vous voyez qu’la France a du cœur


{Refrain}



Si on écoulait not’ vache folle,
Sur le marché du Nigéria,
A deux francs l’kilo c’est du bol
J’pourrais partir aux Bahamas,
Mon banquier me trouve un peu pâle
Mon compte a besoin de soleil,
Faut qu’j’trouve un paradis fiscal
Où m’détendre les orteils


 

Paradis refuge planétaire
Pour portefeuille de mercenaire,
Pour autre pilleur de l’Afrique
Ou pour fumier démocratique
Elles ont belles gueules nos colonies,
Bizarre, Elf s’est fait griller.
Il faut balancer la politique africaine de l’
Élysée !!



{Refrain}

Imprimerie

Le grand épauleur de lumières me demandait de lui indiquer la route de l’immortalité. Je lui rappelai la fameuse séance de l’imprimerie, alors que descendant l’escalier de coquillages, j’avais pris l’ignorance par la manche comme une vulgaire petite dactylo. […]

La terre, sous mes pieds, n’est qu’un immense journal déplié. Parfois une photographie passe, c’est une curiosité quelconque et des fleurs monte uniformément l’odeur, la bonne odeur de l’encre d’imprimerie. […]

J’ai entendu dire dans ma jeunesse que l’odeur du pain chaud est insupportable aux malades mais je répète que les fleurs sentent l’encre d’imprimerie. […]

Journée audacieuse et fière qui n’a pas à compter sur l’indulgence de la terre et qui finira bien par lier sa gerbe d’étoiles comme les autres quand les petits enfants rentreront, l’oeil en bandoulière, par les chemins du hasard. Nous reparlons de cette journée entre haut et bas, dans les cours royales, dans les imprimeries. Nous en reparlerons pour nous en taire.

Poisson soluble (1924), André Breton, Gallimard,

coll. Poésie (1996) pp 41, 43, 70

Inceste (Interdit de l’ – )

On pourra voir sur la question le court roman de Georges Bataille Ma mère (1966), et le film de Christophe Honoré Ma mère (2004), où on voit une mère débauchée qui orchestre l’initiation de son fils. La transgression des tabous et la recherche effrénée de la libération sexuelle aboutissant à la déviance suprême…


 


 

Paroles de Lemon Incest de Charlotte et Serge Gainsbourg

Album Love on the Beat (1984)


 

Un zeste de citron
Lemon incest
Je t’aime t’aime, je t’aime plus que tout
Papapapa


 

Naïve comme une toile du Nierdoi Sseaurou

Tes baisers sont si doux


Un zeste de citron
Lemon incest
Je t’aime tellement, je t’aime plus que tout
Papapapa

L’amour que nous n’ f’rons jamais ensemble
Est le plus beau le plus violent
Le plus pur le plus enivrant


Exquise esquisse
Délicieuse enfant
Ma chair et mon sang
Oh mon bébé mon âme


Un zeste de citron
Lemon incest
Je t’aime tellement, je t’aime plus que tout
Papapapa


Naïve comme une toile du Nierdoi Sseaurou
Tes baisers sont si doux


Un zeste de citron
Lemon incest

Je t’aime tellement, je t’aime plus que tout
Papapapa

L’amour que nous n’ f’rons jamais ensemble
Est le plus rare le plus troublant
Le plus pur le plus émouvant


 

Exquise esquisse
Délicieuse enfant
Ma chair et mon sang
Oh mon bébé mon âme


Un zeste de citron
Lemon incest
Je t’aime t’aime, je t’aime plus que tout
Papapapa


Naïve comme une toile du Nierdoi Sseaurou
Tes baisers sont si doux


Un zeste de citron
Lemon incest
Je t’aime t’aime, je t’aime plus que tout
Papapappa

L’amour que nous n’ f’rons jamais ensemble
Est le plus rare le plus troublant
Le plus pur le plus enivrant


 

Exquise esquisse
Délicieuse enfant
Ma chair et mon sang
Oh mon bébé mon âme


Un zeste de citron
Lemon incest
Je t’aime t’aime, je t’aime plus que tout
Papapappa

Incivisme

        Pour ne rien arranger il y a des dizaines de loubards qui sillonnent les rues en moto ou en mobylette, échappement libre. Ils descendent de la banlieue rouennaise, qui est en voie d’effondrement industriel complet. Leur objectif est d’émettre un bruit strident, le plus désagréable possible, un bruit qui soit vraiment difficile à supporter pour les riverains. Ils y réussissent parfaitement. […]

[Le narrateur au milieu de la nuit souffre d’une péricardite très douloureuse, et il a quitté son hôtel à la recherche de soins]

        Je me souviens de ce couple de jeunes, j’avais réussi à raccrocher leur voiture à un feu rouge ; ils devaient sortir de boîte, du moins c’est l’impression qu’ils donnaient. Je demande le chemin de l’hôpital ; la fille me l’indique brièvement, avec un peu d’agacement. Moment de silence. Je suis à peine capable de parler, à peine capable de me tenir debout, il est évident que je suis hors d’état de m’y rendre tout seul. Je les regarde, j’implore muettement leur pitié, en même temps je me demande s’ils se rendent bien compte de ce qu’ils sont en train de faire. Et puis feu vert, le type redémarre. Est-ce qu’ils ont échangé une parole ensuite, pour se justifier leur comportement ? Ce n’est même pas sûr.

        Finalement j’aperçois un taxi, inespéré. J’essaie de mimer un air dégagé pour annoncer que je veux aller à l’hôpital, mais ça ne marche pas tout à fait, et le chauffeur manque refuser. Ce pauvre type trouvera quand même le moyen de me dire, juste avant de démarrer, qu’il « espère bien que je ne salirai pas ses coussins ». En fait j’avais déjà entendu dire que les femmes enceintes avaient le même problème au moment d’accoucher : à part quelques Cambodgiens tous les taxis refusent de les prendre en charge, de peur de se retrouver emmerdés avec des écoulements organiques sur leur banquette arrière.


Michel Houellebecq, Extension du domaine

de la lutte (1994) J’ai lu, p68, p74-75

Individualisme (dissolvant la solidarité de classe)

    Il [Le faubourg Saint-Germain, métonymie pour désigner l’aristocratie] péchait par un défaut d’instruction et par un manque total de vue sur l’ensemble de ses intérêts. Il tuait un avenir certain, au profit d’un présent douteux. Voici peut-être la raison de cette fausse politique. La distance physique et morale que ces supériorités s’efforçaient de maintenir entre elles et le reste de la nation, a fatalement eu pour tout résultat, depuis quarante ans, d’entretenir dans la haute classe le sentiment personnel en tuant le patriotisme de caste. Jadis, alors que la noblesse française était grande, riche et puissante, les gentilshommes savaient, dans le danger, se choisir des chefs et leur obéir. Devenus moindres, ils se sont montrés indisciplinables ; et, comme dans le Bas-Empire, chacun d’eux voulait être empereur ; en se voyant tous égaux par leur faiblesse, ils se crurent tous supérieurs. Chaque famille ruinée par la révolution, ruinée par le partage égal des biens, ne pensa qu’à elle, au lieu de penser à la grande famille aristocratique, et il leur semblait que si toutes s’enrichissaient, le parti serait fort. Erreur. L’argent aussi n’est qu’un signe de la puissance. Composées de personnes qui conservaient les hautes traditions de bonne politesse, d’élégance vraie, de beau langage, de pruderie et d’orgueil nobiliaires, en harmonie avec leurs existences, occupations mesquines quand elles sont devenues le principal d’une vie de laquelle elles ne doivent être que l’accessoire, toutes ces familles avaient une certaine valeur intrinsèque, qui, mise en superficie, ne leur laisse qu’une valeur nominale. Aucune de ces familles n’a eu le courage de se dire : Sommes-nous assez fortes pour porter le pouvoir ? Elle se sont jetées dessus comme firent les avocats en 1830. Au lieu de se montrer protecteur comme un Grand, le faubourg Saint-Germain fut avide comme un parvenu. Du jour où il fut prouvé à la nation la plus intelligente du monde, que la noblesse restaurée organisait le pouvoir et le budget à son profit, ce jour, elle fut mortellement malade.

Honoré de Balzac, La duchesse de Langeais (1834),

Le livre de poche, pp43-44

Individualisme (et solitude)


Bien que l’individualisme ne soit pas explicitement cité dans la célèbre chanson d’A. Souchon, on reconnaît bien certains de ses effets, sur l’isolement dont souffrent les individus atomisés et perdus dans le gigantisme des grandes métropoles.


Chanson Ultra Moderne Solitude de Alain Souchon – Album Ultra Moderne Solitude (1988)


 

Ça s’passe boul’vard Haussman à cinq heures
Elle sent venir une larme de son
cœur
D’un revers de la main elle efface
Des fois on sait pas bien c’qui s’passe


 

{Refrain}
Pourquoi ces rivières
Soudain sur les joues qui coulent
Dans la fourmilière
C’est l’Ultra Moderne Solitude


 

Ça s’passe à Manhattan dans un cœur
Il sent monter une vague des profondeurs
Pourtant j’ai des amis sans bye-bye
Du soleil un amour du travail


 

{Refrain}


 

Ça s’passe partout dans l’monde chaque seconde
Des visages tout d’un coup s’inondent
Un revers de la main efface
Des fois on sait pas bien c’qui s’passe


 

{Refrain}


 

On a les panoplies les hangars
Les tempos les harmonies les guitares
On danse des étés entiers au soleil
Mais la musique est mouillée, pareil


 

Pourquoi ce mystère

Malgré la chaleur des foules

Dans les yeux d’hiver


 

{Refrain}

Industrie

         La petite ville de Verrières peut passer pour l’une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges s’étendent sur la pente d’une colline, dont les touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications, bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées.

         Verrières est abritée du côté du nord par une haute montagne, c’est une des branches du Jura. Les cimes brisées du Verra se couvrent de neige dès les premiers froids d’octobre. Un torrent, qui se précipite de la montagne, traverse Verrières avant de se jeter dans le Doubs, et donne le mouvement à un grand nombre de scies à bois, c’est une industrie fort simple et qui procure un certain bien-être à la majeure partie des habitants plus paysans que bourgeois. Ce ne sont pas cependant les scies à bois qui ont enrichi cette petite ville. C’est à la fabrique des toiles peintes, dites de Mulhouse, que l’on doit l’aisance générale qui, depuis la chute de Napoléon, a fait rebâtir les façades de presque toutes les maisons de Verrières.

         A peine entre-t-on dans la ville que l’on est étourdi par le fracas d’une machine bruyante et terrible en apparence. Vingt marteaux pesants, et retombant avec un bruit qui fait trembler le pavé, sont élevés par une roue que l’eau du torrent fait mouvoir. Chacun de ces marteaux fabrique, chaque jour, je ne sais combien de milliers de clous. Ce sont de jeunes filles fraîches et jolies qui présentent aux coups de ces marteaux énormes les petits morceaux de fer qui sont rapidement transformés en clous. Ce travail, si rude en apparence, est un de ceux qui étonnent le plus le voyageur qui pénètre pour la première fois dans les montagnes qui séparent la France de l’Helvétie. Si, en entrant à Verrières, le voyageur demande à qui appartient cette belle fabrique de clous qui assourdit les gens qui montent la grande rue, on lui répond avec un accent traînard : « Eh ! elle est à M. le maire. »


Stendhal, Le Rouge et le Noir (1830)

Innovation (au sens de Merton)


Chanson Petit frère de IAM – Album L’école du micro d’argent (1997)


 

Petit frère n’a qu’un souhait devenir grand,
C’est pourquoi il s’obstine à jouer les sauvages dès l’âge de 10 ans.
Devenir adulte, avec les infos comme mentor,
C’est éclater les tronches de ceux qui ne sont pas d’accord.


 

A l’époque où grand frère était gamin,
On se tapait des délires sur Blanche-Neige et les 7 Nains.
Maintenant les nains ont giclé Blanche-Neige et tapent
Éclatent des types claquent dans Mortal Kombat.



A 13 ans, il aime déjà l’argent, avide
Mais les poches sont arides, alors on fait le caïd.
Dans les boums, qui sont désormais des soirées, plus de sirop Teisseire.
Petit frère veut des bières.



Je ne crois pas que c’était volontaire, mais l’adulte c’est certain,
Indirectement a montré que faire le mal, c’est bien.
Demain ses cahiers seront pleins de ratures,
Petit frère fume des spliffs et casse des voitures.



{Refrain}
Petit frère a déserté les terrains de jeu.
Il marche à peine et veut des bottes de sept lieues.
Petit frère veut grandir trop vite
Mais il a oublié que rien ne sert de courir, petit frère.



Petit frère rêve de bagnoles, de fringues, de thunes
De réputation de dur, pour tout ça il volerait la Lune.
Il collectionne les méfaits sans se soucier
Du mal qu’il fait, tout en demandant du respect.



Peu lui importe de quoi demain sera fait,
De donner à certains des raisons de mépriser son cadet.
Dans sa tête le rayonnement du tube cathodique
A étouffé les vibrations des tam-tam de l’Afrique.



Il n’a plus de cartable, il ne saurait quoi en faire.
Il ne joue plus aux billes, il veut jouer du revolver.
Petit frère a jeté ses soldats pour devenir un guerrier
Et penser au butin qu’il va amasser.



{Refrain}



Les journalistes font des modes, la violence à l’école existait déjà
De mon temps, les rackets, les bastons, les dégâts,
Les coups de batte dans les pare-brises des tires des instituteurs,
Embrouilles à coups de cutter.



Mais en parler au journal tous les soirs ça devient banal.
Ça s’imprime dans la rétine comme situation normale
Et si petit frère veut faire parler de lui
Il réitère ce qu’il a vu avant huit heures et demie.



Merde, en 80 c’était des états de faits, mais là
Ces journalistes ont fait des états
Et je ne crois pas que petit frère soit pire qu’avant,
Juste surexposé à la pub, aux actes violents.



Pour les grands, les gosses est le meilleur citron,
La cible numéro 1, le terrain des produits de consommation,
Et pour être sûr qu’il s’en procure
Petit frère s’assure, flingue à la ceinture.



On sait ce que tu es quand on voit ce que tu possèdes.
Petit frère le sait et garde ce fait en tête.
L’argent lui ouvrirait les portes sur un ciel azur aussi
Facilement que ses tournevis ouvrent celles des voitures.



Le grand standing, c’est tout ce dont il a envie.
Ça passe mieux quand tu portes Giorgio Armani.
Soucieux du regard des gens,
Malgré son jeune âge, petit frère fume pour paraître plus grand.



Il voudrait prendre l’autoroute de la fortune
Et ne se rend pas compte qu’il pourrait y laisser des plumes.
Il vient à peine de sortir de son œuf
Et déjà petit frère veut être plus gros que le bœuf.



{Refrain}