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Li Lo Lu

Lumpen-proletariat (K. Marx)

Description de clochards, toxicomanes et autres lumpen-proletaires. On appréciera également le contraste créé par le rapprochement entre cette misère humaine et les boutiques de luxe, vitrine de la société néolibérale.


       J’ai décidé de passer ces quelques heures dans la gare routière de Lyon Part-Dieu ; j’ai probablement eu tort. Au-dessus de la gare routière proprement dite s’étage une structure hypermoderne de verre et d’acier, à quatre ou cinq niveaux, reliés par des escalators nickelés qui se déclenchent à la moindre approche ; rien que des magasins de luxe (parfumerie, haute couture, gadgets…) aux vitrines absurdement agressives ; rien qui vende quoi que ce soit d’utile. Un peu partout des moniteurs vidéo qui diffusent des clips et de la pub ; et, bien entendu, un fond sonore permanent composé des derniers tubes du Top 50. Le bâtiment, la nuit, est envahi par une bande de zonards et de semi-clochards. Des créatures crasseuses et méchantes, brutales, parfaitement stupides, qui vivent dans le sang, la haine et leurs propres excréments. Ils s’agglutinent là, dans la nuit, comme de grosses mouches à merde, autour des vitrines de luxe désertes. Ils vont par bandes, la solitude dans ce milieu étant quasiment fatale. Ils restent devant les moniteurs vidéo, absorbant sans réaction les images de pub. Parfois ils se querellent, sortent leurs couteaux. De temps en temps on en retrouve un mort le matin, égorgé par ses congénères.

       Toute la nuit, j’ai erré entre les créatures. Je n’avais absolument pas peur. Un peu par provocation j’ai même ostensiblement retiré, dans un distributeur de billets, tout ce qui restait d’argent sur ma carte bleue. Mille quatre cents francs en liquide. Une jolie proie. Ils m’ont regardé, ils m’ont longuement regardé, mais aucun n’a tenté de me parler, ni même de m’approcher à moins de trois mètres.


Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte (1994)

J’ai lu, pp130-131

Lutte de classe


 

Chanson La boldochévique de Jean Ferrat – Album Les instants volés (1979)


 

Si les paysans bretons
Si les paysans bretons
Vous font pousser des boutons
Vous font pousser des boutons
Si vous avez des vapeurs
Devant les viticulteurs
Si les cris des commerçants
Si les cris des commerçants
Ramollissent vos tympans
Ramollissent vos tympans
Si devant les ouvriers
Vous vous sentez des nausées
Ne soyez donc plus si morose
Un petit régime s’impose


[Refrain]
La boldochévique la boldochévique
La bonne tisane du bourgeois
La boldochévique la boldochévique
La bonne tisane du bourgeois



Si devant les fonctionnaires
Si devant les fonctionnaires
Vous durcissez des artères
Vous durcissez des artères
Si devant les étudiants
Vous avez très mal aux dents
Si devant les professeurs
Si devant les professeurs
Vous éprouvez tant d’aigreur
Vous éprouvez tant d’aigreur
Si même vos policiers
Arrivent à vous constiper
Ne vous rongez plus la cervelle
Vous retournerez à la selle


[Refrain]



La bonne tisane du bourgeois
Si ces sacrés syndicats
Si ces sacrés syndicats
Vous démolissent le foie
Vous démolissent le foie
Si devant les grandes grèves
Votre estomac se soulève
Si les manifestations
Si les manifestations
Font sauter votre tension
Font sauter votre tension
Si devant l’unité d’action
Vous frisez la congestion
Votre régime en est la cause
Un petit changement s’impose


[Refrain]

Luxe

     Le luxe, pour lui, ne consiste pas à s’acheter des châteaux et des terres « là où il y a de la place » :
« Ca, c’est un luxe de paysan enrichi, un luxe de gagne-petit. Non… Le luxe, ce serait d’acheter les immeubles de tout un côté de l’avenue de l’Opéra et de les raser, puis de les remplacer par un énorme champ de pois de senteur avec, au milieu, une maisonnette extrêmement confortable, mais d’une seule chambre. »

     Le luxe selon Boris, c’est « l’imagination au pouvoir », et non l’argent au service du conformisme. Pour cet éternel rêveur, souvent au seuil de la banqueroute, les belles voitures d’antan vont symboliser sa conception de la beauté et du raffinement.


Boris Vian (2007), Claire Julliard,

Folio, coll. Biographies, p27