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Norme sociale (de politesse)

Il existe, au XVIème siècle (dans ce texte d’Érasme) comme aujourd’hui, une norme du « savoir-rire ».


Rire de tout ce qui se fait ou se dit est d’un sot ; ne rire de rien est d’un stupide. Rire d’un mot ou d’un acte obscène marque un naturel vicieux. L’éclat de rire, ce rire immodéré qui secoue tout le corps et que les Grecs appelaient pour cela le secoueur, n’est bienséant à aucun âge et encore moins à l’enfance. Il y en a qui en riant semblent hennir, c’est indécent. Nous en dirons autant de ceux qui rient en ouvrant horriblement la bouche, en se plissant les joues et en découvrant toute la mâchoire : c’est le rire d’un chien ou le rire sardonique. Le visage doit exprimer l’hilarité sans subir de déformation ni marquer un naturel corrompu. Ce sont les sots qui disent : « Je me pâme de rire ! Je tombe de rire (Je crève de rire !) ». S’il survient quelque chose de si risible qu’on ne puisse se retenir d’éclater, il faut se couvrir le visage avec son mouchoir ou avec la main. Rire seul et sans cause apparente est attribué par ceux qui vous voient à la sottise ou à la folie. Cela peut arriver pourtant : la politesse ordonne alors qu’on déclare le sujet de son hilarité ; dans le cas où l’on ne pourrait pas le faire, il faut imaginer quelque prétexte, de peur que quelqu’un des assistants ne croie qu’on riait de lui.


Érasme (1530), De la civilité des mœurs puériles

ou Savoir-vivre à l’usage des enfants