A B C D E F G H I L M N O P Q R S T U V

Quatrième âge


 

Chanson La centenaire de Lynda Lemay – Album Les lettres rouges (2002)

[Refrain]

Ça fait cent longs hivers
que j’use le même corps
j’ai eu cent ans hier
mais qu’est-ce qu’elle fait la mort ?


J’ai encore toute ma tête
elle est remplie d’souvenirs
de gens que j’ai vu naître
puis que j’ai vu mourir


J’ai tellement porté d’deuils
qu’j’en ai les idées noires
j’suis là que j’me prépare
je choisis mon cercueil


Mais l’docteur me répète
visite après visite
qu’j’ai une santé parfaite
y’est là qu’y m’félicite


[Refrain]


 

J’ai vu la Première Guerre
le premier téléphone
me voilà centenaire
mais bon, qu’est-ce que ça m’donne ?
les grands avions rugissent
y’a une rayure au ciel
c’est comme si l’Éternel
m’avait rayée d’sa liste


Ça fait cent longs hivers
que j’use le même corps
j’ai eu cent ans hier
mais qu’est-ce qu’elle fait la mort ?


Qu’est-ce que j’ai pas fini
qu’y faudrait que j’finisse ?
perdre un dernier ami
enterrer mes petits-fils ?


J’ai eu cent ans hier
ma place est plus ici
elle est au cimetière
elle est au paradis


Si j’méritais l’enfer
alors c’est réussi
car je suis centenaire
et j’suis encore en vie


[Refrain]


Moi j’suis née aux chandelles
j’ai grandi au charbon
bien sûr que j’me rappelle
du tout premier néon


J’ai connu la grande crise
j’allais avoir 30 ans
j’ai connu les églises
avec du monde dedans


Moi j’ai connu les chevaux
et les planches à laver
un fleuve tellement beau
qu’on pouvait s’y baigner


Moi j’ai connu l’soleil
avant qu’y soit dangereux
faut-il que je sois vieille
venez m’chercher, bon dieu


J’ai eu cent ans hier
c’est pas qu’j’ai pas prié
Ça aurait tout l’air
que Dieu m’a oubliée


Alors j’ai des gardiennes
que des nouveaux visages
des amies de passage
payées à la semaine.


Elles parlent un langage
qui n’s’ra jamais le mien
Ça m’fait du chagrin
d’avoir cinq fois leur âge


Et mille fois leur fatigue
immobile à ma fenêtre
pendant qu’elles naviguent
tranquilles sur Internet.


[Refrain]


C’est vrai qu’j’attends la mort
mais c’est pas qu’j’sois morbide
c’est qu’j’ai cent ans dans l’corps
et qu’j’suis encore lucide


C’est que je suis avide
mais qu’y a plus rien à mordre
c’est qu’mon passé déborde
et qu’mon avenir est vide


On montre à la télé
des fusées qui décollent
est-ce qu’on va m’expliquer
ce qui m’retient au sol ?


Je suis d’une autre école
j’appartiens à l’histoire
j’ai eu mes années folles

j’ai eu mes heures de gloire.


J’ai eu un bon mari
et quatre beaux enfants
mais tout l’monde est parti
dormir au firmament


Et y’a qui moi qui veille
qui vis, qui vis encore
je tombe de sommeil
mais qu’est-ce qu’elle fait la mort ? …