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Union libre

Le faux Vautrin, dit l’agent en continuant, reçoit les capitaux de messieurs les forçats, les place, les leur conserve, et les tient à la disposition de ceux qui s’évadent, ou de leurs familles, quand ils en disposent par testament, ou de leurs maîtresses, quand ils tirent sur lui pour elles.

De leurs maîtresses ! Vous voulez dire de leurs femmes, fit observer Poiret.

Non, monsieur. Le forçat n’a généralement que des épouses illégitimes, que nous nommons des concubines.

Ils vivent donc tous en état de concubinage ?

Conséquemment.

Eh bien ! dit Poiret, voilà des horreurs que Monseigneur ne devrait pas tolérer. Puisque vous avez l’honneur de voir Son Excellence, c’est à vous, qui me paraissez avoir des idées philanthropiques, à l’éclairer sur la conduite immorale de ces gens, qui donnent un très mauvais exemple au reste de la société.

Mais, monsieur, le gouvernement ne les met pas là pour offrir le modèle de toutes les vertus.


Honoré de Balzac, Le père Goriot (1834),

Le livre de poche, pp197-198